Et si on grugeait la RT2012 ?!

Et si on grugeait la RT2012 ?!

Faire des bâtiments conformes à la RT2012, ça coûte cher. Comme personne n’a d’arguments, on parle d’un surcoût de 15 % (par rapport à la RT2005), il faut bien justifier les subventions. En réalité, c’est très variable. Par exemple, le Pôle Scolaire que je vous présente ici, a un coût de revient identique à la plupart des écoles de même acabit tout en ayant une performance énergétique presque 2 fois meilleure que l’exigence RT2012, alors même qu’il n’y était pas soumis. Et je n’évoque même pas ses autres « vertus »…

Mais voilà, plus vous faites du « conventionnel à bas prix » et plus la RT2012 vous coûte cher. Alors, parfois, la tentation est grande de gruger la réglementation thermique en nourrissant le moteur de calcul Th-BCE de données quelques peu faussées.

Quoi ? Comment ? Est-ce vraiment possible ?

Ah, je ne voudrais pas décevoir le candide que vous êtes peut-être encore un peu, mais je crains que cela soit même une pratique pas si rare que cela nervous myopera smiley Alors, c’est décidé, je vais vous expliquer comment faire !

Holalalala, mais il est fou, vous dîtes-vous ! Peut-être un peu, mais ce billet n’est pas un encouragement à la triche, il a une vocation pédagogique, messieurs, dames.

C’est comme pour le piratage informatique : on peut être un black hat et forcer les sécurités pour s’enrichir, mais on peut aussi choisir d’être un white hat qui ne s’introduit dans les systèmes que pour avertir leurs auteurs des vulnérabilités existantes.

J’enfile donc mon chapeau blanc pour vous former, vous, gentils locataires, jeunes accédants, vieux contrôleurs ou certificateurs pressés (les autres aussi, hein !). Après m’avoir lu, il en sera fini de votre crédulité, promis !

Donc, reprenons. Pour faire des économies, on peut être tenter par la triche, fine et subtile.

Rappelons tout de même ce que l’on risque à tricher. En cas de non-conformité constatée (lors d’un Contrôle des Règles de Construction par ex.), l’administration transmet les procès-verbaux d’infractions au Procureur de la République.

Ce dernier peut lancer une procédure de règlement à l’amiable, le maître d’ouvrage se verra, dès lors, contraint à corriger les non-conformités. Dans le meilleur des cas, il faut s’attendre à 2 000 à 5 000 € de travaux correctifs, s’il s’agit juste de changer quelques systèmes p.ex. Mais la facture peut devenir rapidement plus salée d’autant plus qu’un Contrôle du respect des Règles de Construction peut mettre en évidence des malfaçons autres que thermiques (acoustique, aération, sécurité, incendie, handicap, sismique).

Le procureur peut aussi engager des poursuites au pénal. Le maître d’ouvrage s’expose alors à des amendes (jusqu’à 45 000 € voire 75 000 en cas de récidive, sans parler des refus d’obtempérer), de la prison (jusqu’à 6 mois) et une interdiction d’exercer de 5 ans max. C’est le maître d’ouvrage qui a la responsabilité de la conformité à la réglementation mais il peut très bien se retourner contre la maîtrise d’œuvre ou les entreprises, au motif qu’il n’est pas un « sachant ». Les bureaux d’études qui s’essaieraient à des études de complaisance ne devraient, d’ailleurs, jamais oublier cela : les maîtres d’ouvrage les plus pressants à négocier avec les calculs seront sans doute les plus prompts à engager des poursuites en droit civil.

Si personne ne s’inquiète des risques encourus, c’est que les contrôles sont, finalement, assez rares. D’ailleurs, chez les thermiciens, on est assez peu nombreux à avoir lu un rapport de contrôle. Quant à ceux qui ont assisté à une visite de contrôle… qu’ils lèvent la main !

Je n’ai pas de chiffres à vous fournir mais, en entrecoupant les sources, les contrôles doivent être de quelques dizaines par département. L’administration fonctionne comme des sondeurs, elle tire au sort dans des panels statistiques les échantillons à contrôler. Elle peut, cependant, mener une politique plus active, en visant des opérations ou des opérateurs à risque. Et puis, bien sûr, elle peut être sollicitée suite à une plainte.

J’ignore si les plaintes sont nombreuses. Je m’étonne de ne pas en entendre parler parce que dans une société de plus en plus procédurière, la réglementation thermique serait une manne d’affaires gagnées d’avance. Avez-vous entendu parler, vous, de locataires se retournant contre leur bailleur social, de maîtres d’ouvrages traînant des bureaux d’études au tribunal ? Même pas un particulier qui ait attaqué un pauvre BE low-cost ?

Mais, trêve de blabla, il y a peut-être des contrôleurs parmi vous plus intéressés par le modus operandi de la triche !

Pour obtenir une performance meilleure que prévue sans investir, il suffit de flouer le moteur de calcul de la RT2012 pour lui faire sur-évaluer les apports gratuits et sous-évaluer les pertes. Bah, vi, la stratégie, pour le coup, est simple. Passez à la pratique est plus complexe.

Comment faire croire à la RT que le bâtiment a beaucoup d’apports gratuits. On ne peut pas tricher sur les apports internes, le calcul étant conventionnel, la surface habitable impose leur valeur. Tout juste peut-on exagérer la surface habitable, mais ce n’est pas très discret.

Le plus simple, c’est de lever les yeux vers le ciel. Ben vi, c’est bien là que se trouve le plus grand fournisseur d’énergie de notre système solaire (1,5.10¹¹ kWh insolent la Terre tous les ans), j’ai nommé… le Soleil !

there must be a source of energy down there

Première tricherie solaire : se tromper sur l’orientation des bâtiments. Nord-Sud, Est-Ouest, qui se rendra compte que l’on a un chouïa avantagé l’orientation de notre jolie baie vitrée ? Cerqual, Prestaterre, Céquami ?! Mah non o myopera smiley

Rappelons que, quelle que soit la latitude en zone tempérée, c’est la façade sud qui reçoit le maximum de rayonnement solaire en hiver.

bilan thermique parois selon orientation

Mais, quant à jouer avec l’accès au soleil, supprimons tous les masques solaires : les ombres portées des bâtiments et puis pourquoi pas ceux des retraits des menuiseries.

ombres portées

Enfin, en hommage à M. Trombe, créons une jolie paroi sombre pour la meilleure exposition ! Le mieux – et c’est le plus simple – c’est d’oublier qu’on a des combles en toiture pour bien exposer notre composition de plancher haut, supposée dotée d’une face extérieure bien anthracite, au soleil. Ne vous inquiéter pas de la surchauffe, je doute que la Tic ne tique, elle a vu pire. Et puis, de toute façon on a fait une jolie optimisation de l’orientation de nos baies un peu plus tôt sadclown myopera smiley

Attention, on a là une méthode très efficace capable de vous faire gagner 7 à 10 kWhEP/m²/an sur une maison chauffée avec des radiateurs électriques. Sur moins de 50 autorisés, je vous rappelle… Vous allez me dire, ça va se voir pour une labellisation. Mmmh, je sais pas, faut lancer les paris…

Bon ok, là on a bien optimisé les apports solaires. Comment sous-évaluer les pertes ?

Ah là, c’est plus de boulot et moins d’efficacité mais petit à petit, l’oiseau fera son nid de la conformité. Il faut se montrer retenu mais oublier quelques mètres carrés de surfaces déperditives, quelques mètres cubes de volume à chauffer, c’est un bon début.

Ensuite, inventons des menuiseries qui n’existent pas. Si les contrôleurs étaient menuisiers ça se saurait, déjà qu’on est pas sûr qu’il y ait des thermiciens flirt myopera smiley Mais c’est quoi une menuiserie qui n’existe pas mais qui aide à l’optimisatricherie ?

Ben, c’est une menuiserie qui laisse bien passer le soleil du Sud (rappelez-vous, notre bâtiment est bioclimatique depuis 8 paragraphes) et qui est très isolante. Oubliez que la baie vitrée comporte plusieurs vitrages, un seul bien grand, c’est bien mieux, on peut gagner 20 % d’isolation en plus à imaginer qu’on a peu de longueurs d’intercalaires et de montants. En parallèle, ça augmente nos précieux apports solaires (facteur solaire menuiserie sur-évalué) !

Puisqu’on parle de longueur, n’hésitons pas non plus à se louper sur les linéiques de ponts thermiques. Parallèlement, on peut sous-estimer un peu les ponts eux-mêmes mais c’est plus complexe et facile à vérifier par un contrôleur.

En oublié-je ? Sans doute, sans doute. Je ne suis qu’in pauvre white hat qui ne pratique pas lui-même 😦

Ah bien sûr, il y a aussi les histoires de certification. La France (le pays de la loi en chinois, cela ne s’invente pas) dispose d’une gradation des performances. Selon que vous avez investi (plusieurs dizaines de milliers d’euros) ou non dans une certification, les performances de vos produits sont handicapés ou non.

Tricher sur les certifications est risquée parce que le contrôleur voit très bien la ligne « certifié » dans votre rapport pour la plupart des systèmes. Mais cela reste envisageable, en toute discrétion, pour des isolants ou des ventilations.

Comme je vous le disais, je n’ai pas vocation à faire de vous des tricheurs mais des gens avertis alors je cesse là, je ne vais pas me creuser la tête au-delà.

Pourquoi vous informer de la sorte ?

Tout simplement parce que ces pratiques — que la quasi-absence de contrôle permet — portent tort aux professionnels comme moi. On nous considère dorénavant comme des inutiles administratifs de plus, des gribouilleurs de paperasse. Cela explique que l’on puisse vous vendre aujourd’hui des études au prix d’une nuit d’hôtel. Ceux-là passeront moins de temps sur votre projet que la durée d’une nuit.

S’il n’y a plus de contrôle de qualité nulle part, cessons donc d’exiger aux particuliers de faire appel à une bureau d’études. Qu’on leur donne accès à un site internet pour leur laisser faire, gratuitement, une déclaration sur l’honneur. De la même façon qu’ils déclarent leurs impôts ! On se retrouvera avec tout autant de tricheries mais on aura moins dépouillé ceux qui rêvent de faire construire. Faisons de même pour les maîtres d’ouvrage plus importants, cela évitera qu’ils disqualifient les bureaux d’études les plus probes pour des professionnels plus complaisants.

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Réquisition Généralisée par les Écornifleurs

Réquisition Généralisée par les Écornifleurs

Je sens que je vais encore être politiquement incorrect. Pour le coup, je prépare donc à l’avance un encart pour tous les garants de l’environnement qui se sentiraient lésés par ce qui n’est, somme toute, que l’opinion d’un pauvre entrepreneur sans pleige.

DROIT DE RÉPONSE

réservé aux écornifleurs

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Donc c’est l’histoire d’un mec… Disons qu’il est peintre, non pas en bâtiment mais artiste-peintre.

Il est dans son champ, tranquille, quand s’approche de lui un petit monsieur en costard, l’air patibulaire mais presque. Arrivé près du peintre, il se poste-là et ne dit rien.

Au bout d’un moment, l’artiste s’interroge et demande au visitueur quel est le motif de sa présence. Oh, ce n’est que de la curiosité, il s’intéresse beaucoup à l’art pictural qu’il ne maîtrise pas.

La journée s’achève et le petit monsieur s’en repart. Le lendemain, le petit monsieur est de nouveau-là, souriant, il en est presque charmant.

Le peintre lui demande comment il va, comment va la famille et si la peinture l’intéresse toujours autant. Le visiteur opine du chef et l’interroge sur les techniques qu’il utilise.

Puis finalement il se risque à exposer sa présence. Le petit monsieur bien habillé appose des reconnaissances de garantie artistique aux peintres. Bien sûr, il faut peindre des trucs artistiques. Mais surtout, il faut acheter les pinceaux et les peintures du petit monsieur. Sans quoi, me direz-vous ?

Sans quoi, il est interdit au peintre de vendre ses tableaux. En réalité, il s’agit moins d’une interdiction que d’une picto-conditionnalité. Quiconque vend un tableau garant de l’art permet à son client d’être remboursé d’une part du prix de vente de l’œuvre.

rge-info.frPour le client, c’est super bien puisqu’il est sûr que son œuvre d’art en est bien une ! left myopera smiley Pour le peintre, c’est vraiment très bien puisque cela lui fait gagner des clients yes myopera smiley, attirés par le mécénat associé. Oui, enfin, cela ne crée pas le désir, quand même …

Oui, je sais, vous vous dîtes que c’est une vilaine blague. Pourtant, remplacez peintre par thermicien et art par environnement et vous avez là une description, un soupçon pittoresque, du nouveau label Reconnu garant de l’Environnement. En tout cas, la vision qu’en ont les petits thermiciens comme moi…

Je ne m’époumonerai pas à expliquer pourquoi le RGE est un désastre annoncé, ma saynète vous en a dit suffisamment sur mon sentiment et le site rge-info saura vous apporter des arguments de raison.

blockquoteLSi l’association Approche avait été consultée, nous aurions tout naturellement proposé « Grenouille ». Non seulement parce que l’allégorie de la grenouille « se fonde sur une observation concernant le comportement d’une grenouille placée dans un récipient d’eau chauffée progressivement pour illustrer le phénomène d’accoutumance conduisant à ne pas réagir à une situation grave ». Mais encore parce que grenouiller « est une action d’intriguer malhonnêtement pour obtenir un résultat à son avantage, notamment dans la sphère politique et les affaires ». Et enfin parce que le droit de grenouillage « est un droit féodal qui faisait obligation aux vassaux (que nous risquons de devenir), de faire taire les grenouilles qui coassent la nuit à la période de reproduction de ces batraciens pour que le suzerain ne soit pas gêné par le bruit ».
RGE pour les nuls sur LesConstructionsÉcologiques.fr

Au-delà d’un nom rigolo quoique prétentieux (encore !), le RGE c’est d’abord l’immixtion d’un tiers dans la problématique des études thermiques et environnementales au sens plus général. Mais qu’apporte-t-elle ?

Dans les faits, rien, si ce n’est l’étouffement des bouillons d’innovation ! Parce que la méthodologie consiste à imposer — en plus d’une facture salée pour une petite structure — des cadres de rédaction de rapports, des formations inadaptées aux acquis mais jamais de contrôle des compétences ou des performances, les intervenants les plus assujettis se verront équiper d’un avantage concurrentiel oiseux.

header[…] nous allons vous prouver que ce « machin » – qui n’en est pas un – va transformer vos rapports avec vos clients, vous permettre d’en conquérir de nouveaux, mettre des bâtons dans les roues des éco-délinquants, vous offrir de nouvelles opportunités…

rats non RGE

Les petits bureaux d’études, quoiqu’agiles et inventifs, souffriront de ne pas pouvoir acheter et maintenir leur Garantie Environnementale (trop cher, pas assez de réalisations). Pourtant, rien dans le modèle — déjà dominant, bientôt unique, grâce au RGE — n’a fait ses preuves puisque « la politique menée en matière de construction et de rénovation peine manifestement à avoir un impact effectif sur les importations d’énergie et les factures des consommateurs » (rapport OPECST, cf. ci-dessous).

blockquoteLLa France a tous les atouts pour relever le défi de la transition énergétique. Il faut pour cela  simplifier, débureaucratiser, rendre le système plus transparent, soutenir la formation de tous les acteurs, du maître d’œuvre à l’artisan en passant par l’architecte et l’ingénieur de bureau d’études, ouvrir le système vers les universités, organiser l’audit et l’expertise et évaluer a  posteriori les techniques mises en œuvre.
LES FREINS RÉGLEMENTAIRES À L’INNOVATION EN MATIÈRE D’ÉCONOMIES D’ÉNERGIE DANS LE BÂTIMENT

Il se passera la même chose dans les entreprises. Peu à peu, en confiant les formations aux industriels, on fera migrer la connaissance des mains de l’artisan vers le porte-feuille de ces industriels. Asséchant ici aussi le nombre de connaissances non brevetables.

Il y aurait pourtant des alternatives passant par l’évaluation a posteriori, la reconnaissance des forces locales, le financement de la conception plutôt que des produits, l’intensification de la recherche fondamentale et non le développement de produits manufacturés, la prise en compte des externalités environnementales dans les taxations, etc. (cf. l’excellent article de fiabitat scop).

RT2012 tricks : quand changer les hypothèses de calcul améliore la performance

voeux 2012 extrait

Je n’ai cessé et ne cesse de le dire à ceux qui m’interrogent : ce qui est RévoluTionnaire dans la RT2012 ce n’est pas tant les exigences affichées que le vœux pieux de généraliser la basse-consommation jusqu’alors seulement atteinte par les pionniers du BBC.

Les expériences BBC l’ont montré, on peut réaliser des bâtiments performants sur papier qui le reste à l’exploitation. Parfois, on rencontre des désordres, c’est vrai…

Jeter l’opprobre sur les concepteurs ou les entreprises à ce propos serait bien présomptueux. D’abord parce que le BBC était une voie pionnière courageuse dans un pays sans grande expérience. Ensuite, parce qu’il n’y a pas eu plus de désordre en BBC que dans la construction RT2005 traditionnelle ! Ce n’est pas moi qui le dit mais l’Agence Qualité Construction !

Rien d’anormal donc. En revanche, ce qui m’inquiète, c’est la divergence que je crains de voir se creuser entre la performance calculée et celle constatée.

Je vous signalais déjà en 2011 deux phénomènes marquants :

  • tout d’abord, il était plus difficile de faire du BBC que du RT2012. Grâce à des modulations à l’envi, la RT2012 a même inventé le bâtiment basse consommation à 600 kWh/m²/an (grâce à la climatisation) !
  • mais on constatait aussi la bienveillance et l’optimisme des calculs (RT2005) qui sous-évaluaient d’un facteur 2 les besoins de chauffage.

Comprenons-nous bien : la réglementation thermique évalue mal la consommation réelle d’une part et permet, d’autre part, de faire des bâtiments basse consommation qui consomment théoriquement bien plus que le téméraire BBC.

Pourtant, aujourd’hui, plus que la performance énergétique, c’est l’optimisation par les calculs réglementaires qui se démocratise. Mon article vieux de 3 ans a fait montre de capacités prédictives, à mon grand regret !

On ne cherche plus à bien faire, on cherche à répondre à un objectif réglementaire que l’on juge, au mieux, pertinent et efficace, ignorant les déconvenues auxquelles on s’expose. Imaginez donc, en BBC, un bâtiment sur cinq souffre (étude REX de l’AQC encore) de surchauffes, notamment à mi-saison. Que va-t-il en être en faisant confiance au seul indicateur de température maximale (Tic) de la RT2012 ?

Guère plus flatteur, la RT2012 a profité de son arrivée pour modifier les hypothèses de calcul et devenir encore plus optimiste que la RT2005. Il n’y a pas de raison de ne pas vous informer de ces modifications qui ne peuvent qu’amplifier la divergence crainte depuis 3 ans (au pire, cela me sert de mémo happy myopera smiley).

    • le climat s’est réchauffé en hiver, refroidit aux périodes les plus chaudes de l’été (au moins pour Agen, cf. ci-dessous),
      meteo RT2012 vs RT2005Dans le graphique ci-dessus, vous noterez que le climat s’est globalement réchauffé en été (+0,26 °C pour chaque heure) comme en hiver (+0,18 °C). Mais le réchauffement est surtout concentré en début et fin de saison de chauffe ainsi qu’en début d’été et fin août. La fin de l’été est elle bien plus fraîche. Le mois de décembre est aussi un petit peu plus froid mais c’est là que la méthode a supposé que le bâtiment n’était plus autant chauffé (cf. § suivant).
    • les Français partent plus en vacances (une semaine de ski pour tous hop !) et chauffent donc moins,

      Th-BCE (RT2012)
      « Cette méthode de calcul prévoit par exemple pour les maisons individuelles ou accolées et les logements collectifs une absence des occupants pendant deux semaines au mois d’août et une semaine au mois de décembre [consigne de chauffage = 7°C au lieu de 19 ou 16 °C]. »
      Th-CE (RT2005)
      « Les vacances sont prises en compte uniquement pour les zones d’enseignement ainsi que pour les zones d’hébergement et de restauration qui leur sont associées. »

    • les Français ont ralenti leur métabolisme (moins d’apports internes surtout en région chaude),
      puissance dissipée hebdomadaire RT2005 vs RT2012
      Le radar ci-présent (parcourez-le comme un cadran d’horloge pour connaitre les puissances dissipées en fonction de l’heure et du jour de la semaine) montre que si les apports internes minimaux de la RT2012 sont plus élevés que ceux de la RT2005, sur l’ensemble de la semaine, ils sont inférieurs de près d’un quart.
  • les bâtiments ont changé de surface de référence (SHO(N)RT plutôt que SHON, disparue au profit de la surface de plancher) et ont gagné 10% sur la consommation conventionnelle de facto.

Cette divergence que je soupçonne, certains l’ont déjà démontré dans d’autres pays. Ainsi, au Royaume-Uni, l’Université de Leeds a mis en évidence, sur une gamme de maisons basse-énergie, que les besoins de chauffage in situ étaient, en moyenne, supérieurs de 50% à ceux prévus en phase conception (correction climatique prise en compte) !

En France, on a eu vite fait d’annoncer que le chauffage n’était plus la priorité dans nos bâtiments BBC et RT2012. Pourtant, il suffit de consulter les données de l’Observatoire BBC pour se rendre compte que le confort thermique reste le problème no 1, et de loin :

633b6-observatoirebbc

Dans le graphique présentant les disparités de résultats entre prévisions et constatations, n’avez-vous rien remarqué ? Mais pourquoi donc les bâtiments passifs consomment-ils aussi peu que prévu, eux ?!

L’inventeur du concept, Wolfgang Feist, s’en explique :

«Je travaillais en tant que physicien. J’avais lu que le secteur de la construction expérimentait l’ajout d’isolant dans les bâtiments neufs sans parvenir à réduire la consommation d’énergie. Cela m’a choqué – c’était à l’encontre des lois fondamentales de la physique. Je savais qu’ils devaient faire quelque chose de travers. J’ai donc fait ma mission de découvrir ce que c’était et d’établir ce qui était nécessaire pour bien faire les choses « .

Aujourd’hui encore, le physicien refuse de voir dans son standard une quelconque méticulosité, mais juste des calculs corrects, de la concentration sur les points cruciaux et de l’honnêteté. Est-ce bien sur cette voie-là que nous nous sommes inscrits ?

Les tarifs des études RT2012

DROIT DE RÉPONSE DE KEEPLANET

14 OCT. 2013

Bien que je ne me sois pas permis de mettre en doute la réputation de personne, Keeplanet m’a adressé ce jour une LRAR comminatoire, dont l’objet est « Réponse à vos propos sur votre blog internet ». Bien sûr, plutôt que d’être accusé — sans plus de procès — de diffamation, j’aurais apprécié qu’ils interviennent ici ou qu’ils me contactent directement ; il ne s’agissait pas, dans cet article, de jeter l’opprobre sur qui que ce soit mais d’expliquer aux particuliers pourquoi les thermiciens indépendants comme moi ne peuvent pas faire de premier prix. Voici donc, dans l’intégralité et sans aucune modification, la réponse de Keeplanet, qui, quoiqu’il en soit, méritait un droit de réponse puisque plusieurs commentateurs évoquent cette société industrielle au CA de 115 000 €/mois :

Bonjour, Dirigeant et fondateur du bureau d’étude KeePlanet que vous semblez à priori connaitre, je me permets de vous écrire cette lettre afin de clarifier plusieurs points sur notre structure que vous semblez, au final, méconnaitre. Pour présenter la structure dans ses grandes lignes, aujourd’hui Keeplanet c’est : – 13 salariés en CDI (Aucun stagiaire actuellement, nos stagiaires sont embauchés dans 80% des cas, salariés BAC+3 ou BAC+5). – Plusieurs milliers d’études RT2012 à ce jour, un bon millier d’études BBC avant janvier 2013 (Donc contrôlés par les organismes certificateurs qui, si vous en avez fait l’expérience, sont plutôt pointilleux !). – En étroite collaboration avec l’ADEME, la région Alsace et la CCI qui nous suivent dans le développement de notre jeune structure innovante (Voir article point éco de juillet 2013) – Une certification NF bureau d’étude thermique en cours. Dans votre article « Les tarifs des études RT2012 », je me permets de remettre en cause le fondement de vos affirmations et vous invite : – A faire la différence entre le salaire net et le coût d’un salarié – A percevoir qu’un thermicien chez nous est aidé par 3 secrétaires dans les tâches administratives et échanges clients non techniques (Notamment l’édition d’attestation) et plusieurs serveurs pour générer les tâches automatiques (Mails de relance, facturation …). – A percevoir que nos métrés sont entièrement réalisés à la main (aucune utilisation du Gbxml par exemple), leur saisie a simplement été optimisée. En conclusion, notre notoriété grandissante étant en jeu dans la qualité de nos rendus il n’y a AUCUNE compression des salaires chez nous et AUCUNE impasse sur nos études. Un processus d’autocontrôle (thermicien différent) a d’ailleurs été mis en place pour cela. Je vous invite donc à rédiger un erratum en haut de page comme la loi l’impose lors de propos diffamatoires. Cordialement, M. PIERRE

Depuis le 1er janvier 2013, ça y est la RT2012 s’applique partout dans le neuf (ou presque mais ce serait trop long à expliquer) !

Les particuliers qui construisent cette année se doivent donc d’intégrer cette mise à jour de la réglementation thermique non sans une certaine panique :

« — Oui, allo, bonjour. Vous faites les attestations pour le permis de construire ?

— Heu oui, enfin, je fais des études thermiques réglementaires, oui…

— Ah bon, mais vous faites pas le certificat ?

— En réalité, l’attestation, c’est vous qui la signez, moi je fais l’étude qui justifie tout ça. Mais je peux toujours vous l’éditer si ça vous arrange.

— On m’a dit qu’on pouvait le faire soi-même, oui. Le logiciel coûte cher sinon ?!

— Heu…. vous avez des connaissances en thermique ?

— Il parait que c’est pas si compliqué…

— …

— Et sinon vous demandez combien pour une étude ? — Cela dépend de votre attente, si vous voulez une étude complète ou juste un calcul du BBio pour le permis de construire. Mais, grosso-modo, mes tarifs pour une étude complète sont entre 400 et 1000 € HT, avec une assistance illimitée à la conception. Cela varie en fonction de la complexité de votre projet* et de ces chances d’être conforme au premier coup. * En réalité, j’accorde des bonus/malus en fonction de l’occupation et de la compacité.

— J’ai un ami qui m’a dit qu’on pouvait avoir ça pour moins de 200 € ! — … »

Je ne voudrais pas encore étaler mes dons de médium zip myopera smiley mais, comme je l’avais « prédis », la RT2012 a attiré les convoitises des marchands du temple et voilà qu’on vous propose des études RT2012 pour moins cher qu’un Diagnostic de Performance Énergétique ! jester myopera smiley

Je ne sais pas quel salaire vous jugez qu’un thermicien mérite. Il sera difficile de juger aux diplômes parce qu’on peut se revendiquer thermicien avec un simple BAC pro comme avec un doctorat en énergétique comme ma pomme banana myopera smiley

Laissez-moi vous démontrer que tout le monde ne peut assurer un tel prix…

Prenons les choses à l’envers et imaginons un thermicien indépendant, comme moi, qui prétend à peine à un peu plus du SMIC par mois, disons 1 500€ net (avant impôts). C’est à la fois peu et beaucoup puisque c’est ce à quoi peut s’attendre une jeune infirmière mais bien moins que le salaire moyen des diplômés bac+2 qui se situe plutôt autour de 2 000 € en 2013. Ne parlons pas des bac+5 qui eux sont au-delà des 3 000 €, en moyenne.

Continuons dans la prospective et admettons que ce modeste thermicien s’aligne à 200 € ttc pour une étude réglementaire complète. Dans ce cas, si l’on tient compte d’un minimum de frais* (dont assurances), il lui faudra pas loin de 14 études par mois pour s’assurer le salaire annoncé plus haut. Et bien sûr, cela suppose que ce Stakhanov des temps modernes ne fassent que ça : aucun rendez-vous, aucune corvée administrative (la blague !), aucune autre activité que de faire tourner le moteur du CSTB plus de 150 h/mois. *vraiment minimum, celui que considère le fisc pour les micro-entreprises qui débutent à peine avec un logiciel et un ordinateur.

14 études par mois, cela donne à peine plus de 10 heures par étude, y compris l’attestation au permis de construire et celle à l’achèvement des travaux évidemment. party myopera smiley

Autant vous dire que, sans même compter les échanges avec l’architecte, sans prendre en compte les réunions avec le maître d’ouvrage, il me faut plus de 10 h pour étudier, même réglementairement, une maison individuelle.

Et pourtant, je crois, sans me vanter, avoir un minimum d’expérience et de diplôme whistle myopera smiley

Mais alors comment font-ils si mon petit thermicien indépendant ne vous prend même pas pour un pigeon ? Leur réponse est en général très simple : »Nous sommes particulièrement efficaces et avons optimisé tous les processus administratifs, comptables comme logiciels. Nous avons énormément travailler pour respecter votre pouvoir d’achat, diminuer notre marge et assurer un accompagnement des plus efficaces ».

Quand ils parlent d’optimisation de la relation avec le client, ils veulent dire qu’ils font tout en ligne et que c’est une énorme économie par rapport à la concurrence ?! Parce que vous croyez vraiment qu’aujourd’hui encore, il y a des bureaux d’études qui fonctionnent autrement ? Tous les bureaux d’études gèrent les échanges à distance, sauf… si le client s’y refuse ou n’en est pas capable.

Là où ces thermiciens low-costs annoncent gagner le plus de temps, c’est sur la modélisation thermique de votre maison. Et oui, bien sûr, ils sont en avance sur tout le monde pour mettre en place les métrés de votre bâtiment. Pourtant, on ne peut entièrement automatiser la modélisation thermique d’un bâtiment parce que l’enveloppe thermique n’est pas forcément l’enveloppe « visible ». Il y a des nuances entre les deux qui peuvent emmener des divergences terribles sur les résultats.

Alors comment font-ils réellement ? Je ne sais pas (pour Keeplanet, ce ne sont pas des stagiaires d’après son fondateur, cf. sa réponse ci-dessus), mais en tout cas, on ne peut payer un ingénieur que sur quelques heures avec 200€ !

J’imagine que là où ils font le plus d’économie (de temps), c’est sur les détails de la conception. Pour faire simple, je suppose qu’ils usent et abusent des valeurs par défaut de la réglementation sans chercher à modéliser de très près votre projet. En gros, ils dessinent la coquille de votre maison, entrent vos systèmes et pour le reste, usent d’un catalogue généraliste, en particulier sur les ponts thermiques ou l’inertie. Sans doute, également, que cette prestation à 200€ est une base et qu’il y a des options plus couteuses qui entrent en jeu…

Enfin, en moins de 5h, voilà votre bâtiment modélisé et ces performances simulées. La marge d’erreur est peut-être très forte mais bon qui vérifiera, pas vous c’est sûr*… Et puis, vous, client appâté par le prix, il vous importe peut-être finalement peu que le calcul soit faux, tant qu’on vous autorise à construire. Avec un peu de chance, vous ne consommerez pas le double de ce qui a été calculé et les moisissures se feront discrètes… * moi, je peux, avis aux entendeurs ! 🙂

Finalement, vivement qu’on sous-traite avec la Chine pour proposer des études à moins de 50€ !


Notes :

Q4uelques remarques sur l’étan50chéité à l’air des bâtiments

Q4uelques remarques sur l’étan50chéité à l’air des bâtiments

Précédemment, je m’étais permis un petit billet critique sur la RT2012. Quoique cela n’en soit pas l’objectif, celui-ci risque de souligner encore quelques uns des défauts de cette réglementation thermique pas tout à fait terminée mais déjà à appliquer.

En hiver, un bâtiment se refroidit, et c’est bien d’ailleurs pour cela qu’on le chauffe : pour éviter qu’il ne devienne trop froid. Il n’y a finalement que 2 voies de refroidissement : les parois et l’air. Passons sur le cas des parois, intéressons-nous à l’air.

Pour assurer la survie de ces occupants, un bâtiment « respire ». À tout moment, on veille à évacuer l’air vicié et à faire entrer de l’air « neuf », de l' »air frais ». Frais, voilà le souci. L’air qui pénètre à l’intérieur du bâtiment est généralement plus frais que l’ambiance intérieure, il tend donc à refroidir l’ambiance intérieure.

Cet air « frais » peut entrer dans le bâtiment soit de façon contrôlé (on veut s’assurer de la quantité et de la qualité) soit par l’intermédiaire d’infiltrations parasites.

Si on prend le cas d’une maison récente, l’air contrôlé provient des bouches, généralement positionnées sur les menuiseries, pour être ensuite évacué par la VMC des pièces humides. Dès lors, il se crée en permanence un appel d’air par dépression qui assure le renouvellement hygiénique de ce gaz indispensable à la vie.

Mais d’où viennent les infiltrations ? D’un peu partout à travers l’enveloppe de votre bâtiment. À la façon d’une chambre à air percée, cela fuit de toutes parts et de l’air échappant à votre contrôle pénètre ou s’enfuit de votre maison.

Est-ce grave docteur ? Hé bien, c’est ennuyeux sur au moins deux points :

  • ces infiltrations refroidissent le bâtiment (ou le réchauffent en été), parfois même, elles le refroidissent tout autant voire plus que la ventilation contrôlée. C’est fâcheux parce que cela revient à boucher la bonde de la baignoire et à ce que, malgré tout, le niveau du bain continue de baisser de façon rapide irked myopera smiley
  • de l’air incontrôlé c’est aussi de l’air qui emprunte des chemins inconnus pour nous rejoindre. Et donc qui passe parfois par des zones qui ne sont pas sanitairement neutres faint myopera smiley Moundié, qué fouchtra la bagasse !

Dès lors, on a compris, il y a une dizaine d’années, que contrôler l’étanchéité était un préalable incontournable au contrôle de la ventilation.

Une norme européenne (EN13829) a été établie qui consiste à mesurer le volume d’infiltrations parasites dans des conditions données. Pour cela, on insuffle (ou on aspire) tout bêtement de l’air dans un bâtiment sous une pression de 50 Pa (force 5 Beaufort, hissez les voiles !) et on mesure combien d’air parvient à s’échapper alors que l’on a bouché tous les système de renouvellement contrôlé.

La mesure de ce débit est ramenée au volume protégé du bâti, elle s’exprime en vol/h (ou h-1 en unités SI strictes) via l’indice d’étanchéité n50.

Quelques années après la création de cette norme, la France applique la RT2005 et décide, elle aussi, de s’intéresser à l’étanchéité à l’air. Bien sûr, fierté gauloise oblige, on invente notre propre indicateur d’étanchéité, le I4, pour Inétanchéité sous 4 Pa. Quelques années plus tard, on le renommera Q4Pa-surf, sans modifier quoique ce soit à sa définition. Rien d’étonnant au choix de ce nouveau nom, en mécanique des fluides on aime bien associer débits et des « Q » ! (jeux de mots ?!)

Comment procède-t-on pour mesurer la valeur de cet indicateur franco-français. C’est tout bête, on insuffle ou aspire de l’air sous une pression de 4 Pa…. knight myopera smiley tsss tsss tsss halte-là l’ami ! Il est impossible d’appliquer une différence de pression aussi faible entre l’intérieur et l’extérieur du bâtiment. Rendez-vous compte, 4 Pa, c’est à peine assez pour faire trembler la toile de l’araignée et être perçu sur le visage.

Si vous craignez pour vos oreilles, faisons un petit travail d’imagination. Il fait beau dehors et votre baromètre indique 1014 hPa. Je mets en dépression le bâtiment de 50 Pa, le baromètre chute à 1013,5 hPa ce qui équivaut à s’élever de … moins de 5 m ! Avec 4 Pa de dépression, je ne suis pas sûr que le baromètre puisse vous afficher 1013,96 hPa et ne se contente pas de rester à 1014 hPa (et une élévation équivalente à un saut de puce :bug:). On est loin des 960 hPa de la tempête de 1999 whistle myopera smiley

Voilà le premier souci de l’indicateur d’étanchéité du pays du fromage : impossible de faire une mesure directe, il faut extrapoler à partir d’un panel de mesures dont l’une d’elle correspondant, déjà, à n50.

On réalise donc des mesures sous différentes dépressions (ou surpression). Lorsqu’on atteint 50 Pa, on obtient déjà la valeur n50, mais il faut accumuler suffisamment de points pour être à même de définir, de façon tendancielle, la valeur de Q4Pa-surf, utilisé dans nos réglementations thermiques millésime 2005 et 2012 maintenant.

extrapolation_Q4

Reprenons le graphique ci-dessus. J’effectue une première mesure sous 55 Pa de dépression et je relève un débit d’infiltrations de 520 m³/h. La seconde mesure me donne instantanément la valeur de n50 : le débit constaté est de 475 m³/h, mon volume protégé de 540 m³, cela me donne donc n50 = 475 /540 = 0,88 vol/h. Hop, c’est réglé pour celui-ci (cf. point rouge).

trimble_tx5_3d_laser_scannerNotons qu’avec un scanner 3D, on n’a même pas à calculer le volume protégé, on le mesure de la même manière que les débits. Mesurer plutôt que calculer, c’est un gain de temps bien sûr mais la plupart du temps de précision également !

Si l’on ramenait l’ensemble des fuites à un trou circulaire unique, ce dernier aurait un diamètre de 8cm. Ce même bâtiment avec une étanchéité réglementaire aurait un trou équivalent d’un diamètre de 25 cm.

Si mon bâtiment doit répondre d’une exigence selon la RT20xx, alors il me faut cumuler d’autres mesures pour ensuite tracer une courbe de tendance et en déduire le point d’intersection (trait horizontal magenta) avec l’axe X = 4 Pa. À partir du débit extapôlé, je divise par la somme de mes surfaces déperditives et j’obtiens Q4Pa-surf. C’est un peu plus long, évidemment, mais c’est aussi un beau nid à erreurs et je voudrais vous montrer pourquoi.bomb myopera smiley.

Exigence de la EN 13829 :
« Il y a lieu d’inclure dans le calcul les incertitudes de toutes les grandeurs utilisées pour le résultat final ».Comme l’incertitude globale n’a pas d’influence sur le respect des valeurs limites, on peut la calculer avec une méthode de calcul très simplifiée. L’incertitude globale (ou erreur h) sur les grandeurs obtenues, n50, q50, w50 se compose de l’erreur de mesure du débit sous 50 Pascals V50 (erreur f) et de l’erreur engendrée par le calcul de la valeur de référence (erreur g). Pour le calcul séparé des erreurs f et h on peut utiliser les formules suivantes :f=\sqrt{a^2+b^2+c^2+e^2+d^2}h=\sqrt{f^2+g^2}a [%] : Erreur sur la mesure de débit selon mesure du fabricant. Plage d’erreur : a = 4% à 7%.
b [%] : Erreur sur l’estimation du niveau de pression dans le bâtiment. Plage d’erreur : b = 1 à 5 % (par exemple b = 1 % pour des appareils de mesure électronique, b = 3 % pour des appareils analogiques).
c [%] : Erreur due à l’influence du vent. Cf. Tableau Annexe 4. Plage d’erreur : c = 0% avec absence de vent, c = 3 % par exemple par vent faible (plus de valeurs en Annexe 4).
d [%] : Erreur en raison de la pression barométrique du lieu. Plage d’erreur : d = 2 % si l’on donne la pression barométrique et absolue, d = 5% si l’on donne les conditions standards.
e [%] : Erreur en raison de l’absence de valeur moyenne. Plage d’erreur : e = 0% si on applique la moyenne des mesures en pression et en dépression. e = 7% si une seule mesure a été faite.
g [%] : Erreur sur le calcul de la surface ou le volume de référence. Cette erreur se compose de la marge tolérée entre les plans et la réalité ainsi que des doutes sur la bonne prise en compte des surfaces et des volumes. Plage d’erreur : g = 3% si estimation précise de  la dimension de référence, g = 6% si contrôle de la dimension de référence par échantillonnage, g = 12 % pour une évaluation du volume intérieur à partir du volume brut.

Tout part d’un fait tout simple : aucune mesure physique n’est parfaite, elle est toujours entachée d’erreur ! Reprenons le graphique précédent mais, pour que cela soit plus pédagogique, avec seulement 2 points et une erreur sur chacun de 3% sur la mesure des débits.

extrapolation_Q4_erreur3%Alors que précédemment, nous obtenions le débit sous 4Pa avec la précision d’un laser chirurgical, ici le faisceau s’élargit et perd en précision : le débit des infiltrations se situe quelque part entre 50 et 100 m³/h. left myopera smiley

À supposer également une erreur de 3% sur la mesure des surfaces déperditives et voilà que je peux estimer l’étanchéité à l’air de mon bâtiment Q4Pa-surf = 0,19 ± 0,06 m³/h/m².right myopera smiley

Un peu comme si je vous disais que je fais 1,80m à 54cm près…

Je vous rassure, les mesures sont effectuées avec un plus grand nombre de points avec une plus forte amplitude de pression (les logiciels ne laissent pas trop de libertés aux techniciens testeurs) et l’erreur est plus faible… en tout cas sur les débits !

Oui parce que je vous ai parlé de surfaces déperditives à plusieurs reprises sans m’y attarder. Revenons dessus.

Si le n50 ramène le débit des infiltrations sous 50 Pa au volume protégé par l’enveloppe testée, le Q4Pa-surf ramène le débit des infiltrations sous 4 Pa (obtenu par extrapolation comme montré ci-dessus) à la somme des parois froides ou parois déperditives, au sens de la réglementation. Ces parois froides, c’est l’ensemble des parois en contact avec l’extérieur, à l’exception des planchers bas.

Je ne sais pas si c’est bien clair pour vous mais avec une telle définition, je peux vous assurer que 3% d’erreur sur cette mesure est optimiste et qu’on peut bien s’accorder, facilement, entre 5 et 10% d’erreur. Je dis ça, je dis rien zip myopera smiley

Avec notre petit exemple précédent, en ramenant la précision des débits à 1%, et celle de la mesure des parois froides à 5%, nous ramenons la précision à 14% plutôt que 30%. Je fais 1,80m à 25 cm près…

Si, avec beaucoup de méticulosité, la mesure peut s’avérer précise, le procédé employé a une tendance forte à engendrer une importante perte de précision dès que le moindre paramètre souffre d’une marge d’erreur un tant soit peu élevée.

On pourrait s’interroger sur ce qui fait les marges d’erreur, de la façon dont on évalue les parois froides (et mes vide-sanitaires ?) à la manière de procéder à un échantillonnage (est-il pertinent ?) mais, à mes yeux, retenez surtout que la réglementation thermique française, en faisant le choix d’une évaluation de l’étanchéité dépendante d’un nombre importants de paramètres, cumule les risques d’erreurs et les imprécisions.

Pour preuve que ce choix est malvenu, il n’est pas rare de constater, in situ, pendant un test, qu’alors qu’un artisan rebouche une fuite, le n50 diminue (amélioration de l’étanchéité bien sûr) mais le Q4 remonte !!! mad myopera smiley

Si vous avez suivi l’explication un peu plus haut, vous aurez compris tout seul pourquoi : en abaissant la hauteur du point rouge, la pente de la courbe tendancielle diminue et le débit extrapolé à 4Pa est réévalué à la hausse suivi de la valeur Q4Pa-surf qui en dépend.drunk myopera smiley

Arrivé à ce stade de ce billet d’humeur, on peut légitimement se poser la question de l’intérêt de Q4Pa-surf.

Je vous avoue mon ignorance complète quant à l’historique de cet indicateur et au pourquoi de son existence. Évidemment, on peut penser que c’est un souci de réalisme, un bâtiment étant plus souvent exposé à un vent de 5km/h que de 35 km/h… Mais qui est à même de se représenter, qu’exposé à un vent de quelques kilomètres par heure, un bâtiment souffre d’infiltrations dont le débit est de 0,18 m³/h… par mètres carrés de surface déperditives ? Vous ? Pas moi en tout cas !

Il est, en revanche, aisé de se faire une idée mentale d’une perte représentant 90% du volume chaque heure sous un vent capable d’agiter la cîme des arbres.

Là où le bas blesse, encore, c’est que je ne connais pas de méthode de calcul des déperditions par renouvellement d’air qui ne se base pas sur n50 et qui adopte Q4Pa-surf d’emblée. Généralement, on use d’une transformation de ce dernier indicateur vers celui de la norme européenne avant tout calcul d’infiltrations annuelles moyennes… pour vous dire comme on cumule les erreurs…

Reconnaissons tout de même une qualité à Q4Pa-surf, il a le mérite de tenter de signer non pas l’étanchéité d’un bâtiment mais d’une paroi moyenne ! En effet, en donnant une valeur de débit de fuite par m² de façade, il vous donne une idée de la porosité moyenne des murs et du toit d’un bâtiment. Par exemple, si mon bâtiment affiche le même Q4Pa-surf mais des n50 très différents, cela signifie que les entreprises ont réalisé la même qualité de mise en œuvre mais que l’architecte, lui, a réussi à faire un bâtiment plus ou moins compact* ! wizard myopera smiley Finalement, si le n50 est le vrai indicateur d’étanchéité d’un bâtiment, le Q4Pa-surf, lui, est un indicateur de la compétence des entreprises à rendre étanche une unité de surface d’enveloppe… pour peu qu’on puisse se fier à sa valeur…

* Moins le bâtiment est compact, plus il est facile d’avoir un bon score en Q4Pa-surf alors que c’est l’inverse pour le n50.