Les tarifs des études RT2012

DROIT DE RÉPONSE DE KEEPLANET

14 OCT. 2013

Bien que je ne me sois pas permis de mettre en doute la réputation de personne, Keeplanet m’a adressé ce jour une LRAR comminatoire, dont l’objet est « Réponse à vos propos sur votre blog internet ». Bien sûr, plutôt que d’être accusé — sans plus de procès — de diffamation, j’aurais apprécié qu’ils interviennent ici ou qu’ils me contactent directement ; il ne s’agissait pas, dans cet article, de jeter l’opprobre sur qui que ce soit mais d’expliquer aux particuliers pourquoi les thermiciens indépendants comme moi ne peuvent pas faire de premier prix. Voici donc, dans l’intégralité et sans aucune modification, la réponse de Keeplanet, qui, quoiqu’il en soit, méritait un droit de réponse puisque plusieurs commentateurs évoquent cette société industrielle au CA de 115 000 €/mois :

Bonjour, Dirigeant et fondateur du bureau d’étude KeePlanet que vous semblez à priori connaitre, je me permets de vous écrire cette lettre afin de clarifier plusieurs points sur notre structure que vous semblez, au final, méconnaitre. Pour présenter la structure dans ses grandes lignes, aujourd’hui Keeplanet c’est : – 13 salariés en CDI (Aucun stagiaire actuellement, nos stagiaires sont embauchés dans 80% des cas, salariés BAC+3 ou BAC+5). – Plusieurs milliers d’études RT2012 à ce jour, un bon millier d’études BBC avant janvier 2013 (Donc contrôlés par les organismes certificateurs qui, si vous en avez fait l’expérience, sont plutôt pointilleux !). – En étroite collaboration avec l’ADEME, la région Alsace et la CCI qui nous suivent dans le développement de notre jeune structure innovante (Voir article point éco de juillet 2013) – Une certification NF bureau d’étude thermique en cours. Dans votre article « Les tarifs des études RT2012 », je me permets de remettre en cause le fondement de vos affirmations et vous invite : – A faire la différence entre le salaire net et le coût d’un salarié – A percevoir qu’un thermicien chez nous est aidé par 3 secrétaires dans les tâches administratives et échanges clients non techniques (Notamment l’édition d’attestation) et plusieurs serveurs pour générer les tâches automatiques (Mails de relance, facturation …). – A percevoir que nos métrés sont entièrement réalisés à la main (aucune utilisation du Gbxml par exemple), leur saisie a simplement été optimisée. En conclusion, notre notoriété grandissante étant en jeu dans la qualité de nos rendus il n’y a AUCUNE compression des salaires chez nous et AUCUNE impasse sur nos études. Un processus d’autocontrôle (thermicien différent) a d’ailleurs été mis en place pour cela. Je vous invite donc à rédiger un erratum en haut de page comme la loi l’impose lors de propos diffamatoires. Cordialement, M. PIERRE

Depuis le 1er janvier 2013, ça y est la RT2012 s’applique partout dans le neuf (ou presque mais ce serait trop long à expliquer) !

Les particuliers qui construisent cette année se doivent donc d’intégrer cette mise à jour de la réglementation thermique non sans une certaine panique :

« — Oui, allo, bonjour. Vous faites les attestations pour le permis de construire ?

— Heu oui, enfin, je fais des études thermiques réglementaires, oui…

— Ah bon, mais vous faites pas le certificat ?

— En réalité, l’attestation, c’est vous qui la signez, moi je fais l’étude qui justifie tout ça. Mais je peux toujours vous l’éditer si ça vous arrange.

— On m’a dit qu’on pouvait le faire soi-même, oui. Le logiciel coûte cher sinon ?!

— Heu…. vous avez des connaissances en thermique ?

— Il parait que c’est pas si compliqué…

— …

— Et sinon vous demandez combien pour une étude ? — Cela dépend de votre attente, si vous voulez une étude complète ou juste un calcul du BBio pour le permis de construire. Mais, grosso-modo, mes tarifs pour une étude complète sont entre 400 et 1000 € HT, avec une assistance illimitée à la conception. Cela varie en fonction de la complexité de votre projet* et de ces chances d’être conforme au premier coup. * En réalité, j’accorde des bonus/malus en fonction de l’occupation et de la compacité.

— J’ai un ami qui m’a dit qu’on pouvait avoir ça pour moins de 200 € ! — … »

Je ne voudrais pas encore étaler mes dons de médium zip myopera smiley mais, comme je l’avais « prédis », la RT2012 a attiré les convoitises des marchands du temple et voilà qu’on vous propose des études RT2012 pour moins cher qu’un Diagnostic de Performance Énergétique ! jester myopera smiley

Je ne sais pas quel salaire vous jugez qu’un thermicien mérite. Il sera difficile de juger aux diplômes parce qu’on peut se revendiquer thermicien avec un simple BAC pro comme avec un doctorat en énergétique comme ma pomme banana myopera smiley

Laissez-moi vous démontrer que tout le monde ne peut assurer un tel prix…

Prenons les choses à l’envers et imaginons un thermicien indépendant, comme moi, qui prétend à peine à un peu plus du SMIC par mois, disons 1 500€ net (avant impôts). C’est à la fois peu et beaucoup puisque c’est ce à quoi peut s’attendre une jeune infirmière mais bien moins que le salaire moyen des diplômés bac+2 qui se situe plutôt autour de 2 000 € en 2013. Ne parlons pas des bac+5 qui eux sont au-delà des 3 000 €, en moyenne.

Continuons dans la prospective et admettons que ce modeste thermicien s’aligne à 200 € ttc pour une étude réglementaire complète. Dans ce cas, si l’on tient compte d’un minimum de frais* (dont assurances), il lui faudra pas loin de 14 études par mois pour s’assurer le salaire annoncé plus haut. Et bien sûr, cela suppose que ce Stakhanov des temps modernes ne fassent que ça : aucun rendez-vous, aucune corvée administrative (la blague !), aucune autre activité que de faire tourner le moteur du CSTB plus de 150 h/mois. *vraiment minimum, celui que considère le fisc pour les micro-entreprises qui débutent à peine avec un logiciel et un ordinateur.

14 études par mois, cela donne à peine plus de 10 heures par étude, y compris l’attestation au permis de construire et celle à l’achèvement des travaux évidemment. party myopera smiley

Autant vous dire que, sans même compter les échanges avec l’architecte, sans prendre en compte les réunions avec le maître d’ouvrage, il me faut plus de 10 h pour étudier, même réglementairement, une maison individuelle.

Et pourtant, je crois, sans me vanter, avoir un minimum d’expérience et de diplôme whistle myopera smiley

Mais alors comment font-ils si mon petit thermicien indépendant ne vous prend même pas pour un pigeon ? Leur réponse est en général très simple : »Nous sommes particulièrement efficaces et avons optimisé tous les processus administratifs, comptables comme logiciels. Nous avons énormément travailler pour respecter votre pouvoir d’achat, diminuer notre marge et assurer un accompagnement des plus efficaces ».

Quand ils parlent d’optimisation de la relation avec le client, ils veulent dire qu’ils font tout en ligne et que c’est une énorme économie par rapport à la concurrence ?! Parce que vous croyez vraiment qu’aujourd’hui encore, il y a des bureaux d’études qui fonctionnent autrement ? Tous les bureaux d’études gèrent les échanges à distance, sauf… si le client s’y refuse ou n’en est pas capable.

Là où ces thermiciens low-costs annoncent gagner le plus de temps, c’est sur la modélisation thermique de votre maison. Et oui, bien sûr, ils sont en avance sur tout le monde pour mettre en place les métrés de votre bâtiment. Pourtant, on ne peut entièrement automatiser la modélisation thermique d’un bâtiment parce que l’enveloppe thermique n’est pas forcément l’enveloppe « visible ». Il y a des nuances entre les deux qui peuvent emmener des divergences terribles sur les résultats.

Alors comment font-ils réellement ? Je ne sais pas (pour Keeplanet, ce ne sont pas des stagiaires d’après son fondateur, cf. sa réponse ci-dessus), mais en tout cas, on ne peut payer un ingénieur que sur quelques heures avec 200€ !

J’imagine que là où ils font le plus d’économie (de temps), c’est sur les détails de la conception. Pour faire simple, je suppose qu’ils usent et abusent des valeurs par défaut de la réglementation sans chercher à modéliser de très près votre projet. En gros, ils dessinent la coquille de votre maison, entrent vos systèmes et pour le reste, usent d’un catalogue généraliste, en particulier sur les ponts thermiques ou l’inertie. Sans doute, également, que cette prestation à 200€ est une base et qu’il y a des options plus couteuses qui entrent en jeu…

Enfin, en moins de 5h, voilà votre bâtiment modélisé et ces performances simulées. La marge d’erreur est peut-être très forte mais bon qui vérifiera, pas vous c’est sûr*… Et puis, vous, client appâté par le prix, il vous importe peut-être finalement peu que le calcul soit faux, tant qu’on vous autorise à construire. Avec un peu de chance, vous ne consommerez pas le double de ce qui a été calculé et les moisissures se feront discrètes… * moi, je peux, avis aux entendeurs ! 🙂

Finalement, vivement qu’on sous-traite avec la Chine pour proposer des études à moins de 50€ !


Notes :

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Le mythe du retour sur investissement

Voilà maintenant plusieurs années que je travaille sur la notion de coût global. En réalité, j’ai même quelques surprises à sortir de mes cartons très bientôt, mais passons.

D’abord, premier point, qu’est-ce que le coût global ? Je pourrais prendre le temps de recopier la définition de Wikipédia ou d’une publication plus savante mais, fi de copier-coller, grand mal de notre décennie, je vais m’y atteler comme un grand.

En réalité, le concept est fort simple, un bâtiment est un objet « vivant », au sens qu’il a une durée de vie supérieure au simple temps de construction, au temps de l’investissement initial. Quand vous achetez une maison, ce n’est pas pour la voir s’effondrer immédiatement, au pire vous attendez 10 ans knockout myopera smiley

Quoiqu’on en dise, quoiqu’on initie, actuellement, les réflexions sur les coûts se font majoritairement à court voire très court terme.

On ne se soucie guère de ce qui fait la spécificité des analyses en coût global : prendre en compte tous les couts postérieurs – d’exploitation par ex. – à l’investissement initial.

Mais que mettre dans ces coûts post-contruction. Et bien, le plus évident et le plus critique, ce sont les coûts liés aux différentes consommations et au maintien en état du bâtiment. Dans un second temps, on peut aller bien au-delà : prendre en compte l’amélioration ou la dégradation de la santé des occupants et de leurs voisins, prendre en compte les externalités environnementales ou l’impact sur la mobilité voire sur le bonheur spock myopera smiley

Restons simple et ne nous avançons pas au-delà de mes compétences de physicien !

Quel est l’intérêt de se soucier de coût global ? Les bâtiments se ressemblant tous, va-t-on tirer quelque leçon à une telle analyse qui peut s’avérer complexe ?

Je ne vous ai pas amené jusqu’ici pour vous répondre « non », vous vous en doutez. Mais, je ne vais pas non plus vous répondre simplement « oui » parce qu’il y a nombre de subtilités1.

La première chose à savoir, c’est que l’investissement initial (pour la construction du bâtiment) ne représente qu’une part minoritaire dans le cout global d’un bâtiment. Sur les décennies de vie d’un bâtiment, le coût initial est vite noyé par les couts différés.

Ci-contre, je vous présente un exemple sur, simplement, 20 ans de vie d’un bâtiment, à peine le temps de voir grandir les enfants des premiers propriétaires. Deux courbes de cumuls des coûts se superposent : la première concerne une maison RT2005 (en orange) et la seconde une maison disons passive (en vert), les deux supposent une augmentation annuelle du tarif du kWh de 2%.

Dans un premier temps, intéressons-nous à la maison RT2005.

Alors que le coût des travaux est de 100 000€, la seule prise en compte des factures de chauffage et d’eau chaude sanitaire (noté charges énergétiques), ainsi que d’une maintenance minimale (noté maintenance/entretien), amène le coût global au bout de 20 ans à plus de 155 000€ actualisés2. L’investissement initial ne représente déjà plus qu’environ 60% du coût global. Au bout de 90 ans (comment ça, on ne fait plus de bâtiment aussi durable ?), ce coût représente à peine 30% du coût global.

Sans avoir évoqué ni démontage/destruction, ni coût de financement, ni l’eau, ni l’électricité spécifique, ni d’éventuels coûts autres (administratifs, déchets, etc.), on se rend compte que l’investissement initial ne constitue pas grand chose par rapport au coût global du bâti si l’on procède à une analyse sur une période égale ou proche du cycle de vie.

C’est la première grande leçon des analyses en coût global : l’investissement initial est peanuts en comparaison aux autres coûts différés !

Maintenant, reprenons l’exemple de la maison passive.

D’abord, elle coûte un peu plus cher (j’ai supposé 10% de surcoût) et nécessite un peu plus de maintenance mais elle consomme beaucoup moins d’énergie. Au final, au bout de 20 ans, elle revient près de 25 000€ actualisés moins cher que la maison RT2005 (mêmes paramètres pris en compte). Du fait des faibles charges énergétiques, l’investissement initial prend une plus grande importance : 84% du coût global au bout de 20 ans et encore 51% au bout de 90 ans.

Donc, évidemment, plus je construis basse-énergie et plus mon investissement prend de l’importance sur le coût global du bâti. Je n’y reviendrai pas mais c’est d’ailleurs ce qui nous amène à préférer le passif au positif : le passif est le type de construction qui offre le meilleur compromis économique si tenté qu’on s’intéresse a minima au coût global.

J’imagine que, s’il y a une chose qui ne vous a pas échappé, c’est le fait que les deux courbes de coûts cumulés se croisent ! En effet, en 2017, le coût global de la maison passive – pourtant plus coûteuse à la construction – passe en-dessous du coût global de la maison RT2005. Le sur-investissement consenti est donc gagnant au bout de 6 ans, c’est miraculeux (vive les modèles simples !).

Conclusion : il faut construire des bâtiments passifs plutôt que des bâtiments RT2005.

Allez hop, y’a plus rien à voir, rentrez chez vous, braves gens ! knight myopera smiley bye myopera smiley

Bon, ok, poursuivons un peu avec un autre exemple : imaginez un même bâtiment pour lequel on hésite entre une option passive et une option BBC2005. En clair, le maître d’ouvrage se demande s’il pousse son effort jusqu’au passif ou s’il s’arrête au BBC2005 (ou RT2012, ce n’est pas loin d’être kif-kif bourricot).

Ben vi, à quoi bon forcer si c’est plus rentable de minimiser l’effort ? la question n’est pas idiote mais installe, de facto, le temps de retour sur investissement comme critère de décision.

Je vais vous demander un peu de concentration. zzz myopera smiley

Mes deux bâtiments sont performants, bien plus que s’ils avaient adoptés la RT2005. Ils ne différent que sur deux points : la version passive consomme moins de chauffage mais elle coûte un tout petit peu plus cher à construire.

Plus cher, oui mais de combien ? 2%.

Plus économe, oui mais de combien ? 40%.

À nouveau, nous allons effectuer un calcul de coût global mais bien plus simple : on ne considérera pas d’augmentation du tarif de l’énergie ni d’actualisation, ni même d’autres postes de dépenses que l’investissement initial (coût de construction) et la facture de chauffage (bois-énergie). Si bien, qu’en réalité, nous allons calculer un temps de retour sur investissement on ne peut plus classique (celui que vous verrez dans 90% de la littérature grand public ou professionnelle)

Même si ce calcul est rarement rapproché du coût global, cela en est bien un, quoiqu’extrêmement grossier. Comme tout à l’heure donc, j’adopte la représentation graphique constituée de courbes cumulées :

Intéressons-nous au graphique de gauche, c’est celui-là qui correspond au calcul effectué couramment. Et que montre-t-il ?

Et bien tout simplement, que le sur-investissement de 2% ne sera pas récupéré avant un demi-siècle, malgré la division par presque deux de la facture de chauffage. Mon dieu, mais pourquoi donc s’embêter à faire du passif alors ? Optons pour le BBC ! Je ne l’ai pas représenté ici, mais nul doute que bien m’en prend de faire ce choix puisque le BBC offre un temps de retour de seulement 15 ans par rapport à la RT2005.

En divisant mon surcoût par l’économie de chauffage, j’ai obtenu des années nécessaires pour rattraper le surcoût et ai pris ma décision en votant pour l’amortissement le plus court.

Conclusion : le BBC est plus rentable que le passif !

Cependant, on peut s’interroger. À mauvais outil, mauvais ouvrage ?!

Si, comme dans le graphique de droite, je suppose que le coût de l’énergie explose alors les conclusions diffèrent et le passif devient bien plus rentable puisqu’en dix ans, le sur-investissement est amorti. Mais, également, regardez bien au bout de la courbe, l’écart entre les deux solutions s’est creusé si bien que le passif permet un enrichissement plus conséquent à la fin de la période d’étude.

Si on calcule le temps de retour du BBC par rapport à la RT2005, alors on chute ici à 3 ans, guère plus qu’un engagement de téléphonie mobile drunk myopera smiley

Si le prix de l’énergie reste stable, le BBC est rentable rapidement. Si l’énergie augmente, le passif devient fort rentable mais surtout plus « enrichissant » que le BBC : vous conservez du « pouvoir d’achat » pour faire autre chose. Si l’énergie augmente, le BBC devient super-rentable mais moins économe de pouvoir d’achat.

En réalité, l’outil temps de retour sur investissement est surtout un outil utilisé à tort et à travers.

En effet, les meilleurs temps de retour s’obtiennent avec les bâtiments les plus consommateurs ! Moins un bâtiment consomme, moins il affichera un bon temps de retour sur investissement.

Illustrons cela avec l’exemple du label HPE Rénovation.Ce dernier, plutôt que d’amener les logements dans des critères de performance compatibles avec le Facteur 4 (c’est-à-dire en classe A de DPE) préfère les amener en dessous de 150 kWhEP/m²/an, espérant susciter des rénovations en nombre, je présume.

Supposons une maison de 100 m² avec une consommation de 350 kWhEP/m²/an (catégorie F). Imaginons que deux options s’offre à nous :

  • amener le bâtiment à une consommation de 50 kWh/m²/an grâce à des travaux à 300€/m²,
  • ne l’amener qu’à 150 kWh/m²/an mais à 100€/m².

À 10c€/kWh, la première rénovation permettrait une économie de 3 000€ pour un coût de 30 000€ soit un temps de retour de 10 ans. Le second obtiendrait, lui, 2 000€ d’économies pour un coût de 10 000€ soit un temps de retour de 5 ans, moitié moins !

Sauf que c’est 100 kWh/an supplémentaires qui devront être pris dans les ressources, soit plus de 30 tonnes de pétrole qui devront être pompées d’ici 2050 pour cette seule maison (sans compter les externalités consécutives) et près de 120 tonnes de CO2 relargués dans l’atmosphère.

En supposant que l’on fasse de même pour les plus de 3 millions de logements de ce type à rénover en France et nous voilà avec 30 Mtep absorbés (20% de la consommation française actuelle d’énergie finale) et 120 Mt CO2 émises (à peine moins que ce que tous les véhicules domestiques français émettent aujourd’hui).

Évidemment, si le temps qui nous était imparti était long, si les rénovations s’enchainaient, on pourrait penser que l’étape HPE rénovation serait juste une marche de plus avant d’atteindre le palier de l’efficacité compatible avec le facteur 4. Mais nous avons moins de 40 ans dans le sablier, et malheureusement, rénover à demi-mesure, c’est aussi risquer de ne plus être à même de programmer une rénovation efficiente (plus de budget, trop de travaux, trop de démolitions de ce qui a déjà été mal rénové, etc.) ! Remettre à plus tard, c’est remettre à trop tard.

Le critère du temps de retour sur investissement est comme le PIB : c’est un indicateur très intéressant mais un peu dépassé pour l’époque que nous vivons, on ne peut se contenter de ce seul critère économique grossier pour juger de la pertinence de nos investissements. Sinon, dans moins de 40 ans, on se demandera bien comment on pouvait penser qu’économiser 2% sur l’investissement initial pouvait justifier qu’on renonce à exploiter un bâtiment bien avant sa fin de vie. De la même façon qu’aujourd’hui, on se demande s’il ne vaut pas mieux acheter une paire de basket un peu plus chère si elle dure quatre fois plus longtemps.


1 Ce billet se veut pédagogique et ne rentre pas dans tous les détails de la notion de coût global 😉

2 L’actualisation est un procédé qui permet de comparer la monnaie quelle que soit l’époque, cela revient à compter avec une même valeur de référence, par ex. la baguette de pain qui vaut actuellement pas loin d’un euro. Ainsi on peut prendre l’image que la maison RT2005 a coûté 100 milliers de baguettes en 2011 et qu’en 2021, elle me reviendra à 155 milliers de baguette quoique soit devenu l’euro. Cette notion donne donc une « valeur au temps », lui attribuer une grandeur élevée comme on le fait couramment aujourd’hui, c’est, de facto, poser le jugement de principe que les générations futures sont moins importantes que les actuelles. Et dès lors, de conclure sur l’inutilité de l’investissement… Ce seul indicateur est donc capable de démonter toute argumentation.