Et si on grugeait la RT2012 ?!

Et si on grugeait la RT2012 ?!

Faire des bâtiments conformes à la RT2012, ça coûte cher. Comme personne n’a d’arguments, on parle d’un surcoût de 15 % (par rapport à la RT2005), il faut bien justifier les subventions. En réalité, c’est très variable. Par exemple, le Pôle Scolaire que je vous présente ici, a un coût de revient identique à la plupart des écoles de même acabit tout en ayant une performance énergétique presque 2 fois meilleure que l’exigence RT2012, alors même qu’il n’y était pas soumis. Et je n’évoque même pas ses autres « vertus »…

Mais voilà, plus vous faites du « conventionnel à bas prix » et plus la RT2012 vous coûte cher. Alors, parfois, la tentation est grande de gruger la réglementation thermique en nourrissant le moteur de calcul Th-BCE de données quelques peu faussées.

Quoi ? Comment ? Est-ce vraiment possible ?

Ah, je ne voudrais pas décevoir le candide que vous êtes peut-être encore un peu, mais je crains que cela soit même une pratique pas si rare que cela nervous myopera smiley Alors, c’est décidé, je vais vous expliquer comment faire !

Holalalala, mais il est fou, vous dîtes-vous ! Peut-être un peu, mais ce billet n’est pas un encouragement à la triche, il a une vocation pédagogique, messieurs, dames.

C’est comme pour le piratage informatique : on peut être un black hat et forcer les sécurités pour s’enrichir, mais on peut aussi choisir d’être un white hat qui ne s’introduit dans les systèmes que pour avertir leurs auteurs des vulnérabilités existantes.

J’enfile donc mon chapeau blanc pour vous former, vous, gentils locataires, jeunes accédants, vieux contrôleurs ou certificateurs pressés (les autres aussi, hein !). Après m’avoir lu, il en sera fini de votre crédulité, promis !

Donc, reprenons. Pour faire des économies, on peut être tenter par la triche, fine et subtile.

Rappelons tout de même ce que l’on risque à tricher. En cas de non-conformité constatée (lors d’un Contrôle des Règles de Construction par ex.), l’administration transmet les procès-verbaux d’infractions au Procureur de la République.

Ce dernier peut lancer une procédure de règlement à l’amiable, le maître d’ouvrage se verra, dès lors, contraint à corriger les non-conformités. Dans le meilleur des cas, il faut s’attendre à 2 000 à 5 000 € de travaux correctifs, s’il s’agit juste de changer quelques systèmes p.ex. Mais la facture peut devenir rapidement plus salée d’autant plus qu’un Contrôle du respect des Règles de Construction peut mettre en évidence des malfaçons autres que thermiques (acoustique, aération, sécurité, incendie, handicap, sismique).

Le procureur peut aussi engager des poursuites au pénal. Le maître d’ouvrage s’expose alors à des amendes (jusqu’à 45 000 € voire 75 000 en cas de récidive, sans parler des refus d’obtempérer), de la prison (jusqu’à 6 mois) et une interdiction d’exercer de 5 ans max. C’est le maître d’ouvrage qui a la responsabilité de la conformité à la réglementation mais il peut très bien se retourner contre la maîtrise d’œuvre ou les entreprises, au motif qu’il n’est pas un « sachant ». Les bureaux d’études qui s’essaieraient à des études de complaisance ne devraient, d’ailleurs, jamais oublier cela : les maîtres d’ouvrage les plus pressants à négocier avec les calculs seront sans doute les plus prompts à engager des poursuites en droit civil.

Si personne ne s’inquiète des risques encourus, c’est que les contrôles sont, finalement, assez rares. D’ailleurs, chez les thermiciens, on est assez peu nombreux à avoir lu un rapport de contrôle. Quant à ceux qui ont assisté à une visite de contrôle… qu’ils lèvent la main !

Je n’ai pas de chiffres à vous fournir mais, en entrecoupant les sources, les contrôles doivent être de quelques dizaines par département. L’administration fonctionne comme des sondeurs, elle tire au sort dans des panels statistiques les échantillons à contrôler. Elle peut, cependant, mener une politique plus active, en visant des opérations ou des opérateurs à risque. Et puis, bien sûr, elle peut être sollicitée suite à une plainte.

J’ignore si les plaintes sont nombreuses. Je m’étonne de ne pas en entendre parler parce que dans une société de plus en plus procédurière, la réglementation thermique serait une manne d’affaires gagnées d’avance. Avez-vous entendu parler, vous, de locataires se retournant contre leur bailleur social, de maîtres d’ouvrages traînant des bureaux d’études au tribunal ? Même pas un particulier qui ait attaqué un pauvre BE low-cost ?

Mais, trêve de blabla, il y a peut-être des contrôleurs parmi vous plus intéressés par le modus operandi de la triche !

Pour obtenir une performance meilleure que prévue sans investir, il suffit de flouer le moteur de calcul de la RT2012 pour lui faire sur-évaluer les apports gratuits et sous-évaluer les pertes. Bah, vi, la stratégie, pour le coup, est simple. Passez à la pratique est plus complexe.

Comment faire croire à la RT que le bâtiment a beaucoup d’apports gratuits. On ne peut pas tricher sur les apports internes, le calcul étant conventionnel, la surface habitable impose leur valeur. Tout juste peut-on exagérer la surface habitable, mais ce n’est pas très discret.

Le plus simple, c’est de lever les yeux vers le ciel. Ben vi, c’est bien là que se trouve le plus grand fournisseur d’énergie de notre système solaire (1,5.10¹¹ kWh insolent la Terre tous les ans), j’ai nommé… le Soleil !

there must be a source of energy down there

Première tricherie solaire : se tromper sur l’orientation des bâtiments. Nord-Sud, Est-Ouest, qui se rendra compte que l’on a un chouïa avantagé l’orientation de notre jolie baie vitrée ? Cerqual, Prestaterre, Céquami ?! Mah non o myopera smiley

Rappelons que, quelle que soit la latitude en zone tempérée, c’est la façade sud qui reçoit le maximum de rayonnement solaire en hiver.

bilan thermique parois selon orientation

Mais, quant à jouer avec l’accès au soleil, supprimons tous les masques solaires : les ombres portées des bâtiments et puis pourquoi pas ceux des retraits des menuiseries.

ombres portées

Enfin, en hommage à M. Trombe, créons une jolie paroi sombre pour la meilleure exposition ! Le mieux – et c’est le plus simple – c’est d’oublier qu’on a des combles en toiture pour bien exposer notre composition de plancher haut, supposée dotée d’une face extérieure bien anthracite, au soleil. Ne vous inquiéter pas de la surchauffe, je doute que la Tic ne tique, elle a vu pire. Et puis, de toute façon on a fait une jolie optimisation de l’orientation de nos baies un peu plus tôt sadclown myopera smiley

Attention, on a là une méthode très efficace capable de vous faire gagner 7 à 10 kWhEP/m²/an sur une maison chauffée avec des radiateurs électriques. Sur moins de 50 autorisés, je vous rappelle… Vous allez me dire, ça va se voir pour une labellisation. Mmmh, je sais pas, faut lancer les paris…

Bon ok, là on a bien optimisé les apports solaires. Comment sous-évaluer les pertes ?

Ah là, c’est plus de boulot et moins d’efficacité mais petit à petit, l’oiseau fera son nid de la conformité. Il faut se montrer retenu mais oublier quelques mètres carrés de surfaces déperditives, quelques mètres cubes de volume à chauffer, c’est un bon début.

Ensuite, inventons des menuiseries qui n’existent pas. Si les contrôleurs étaient menuisiers ça se saurait, déjà qu’on est pas sûr qu’il y ait des thermiciens flirt myopera smiley Mais c’est quoi une menuiserie qui n’existe pas mais qui aide à l’optimisatricherie ?

Ben, c’est une menuiserie qui laisse bien passer le soleil du Sud (rappelez-vous, notre bâtiment est bioclimatique depuis 8 paragraphes) et qui est très isolante. Oubliez que la baie vitrée comporte plusieurs vitrages, un seul bien grand, c’est bien mieux, on peut gagner 20 % d’isolation en plus à imaginer qu’on a peu de longueurs d’intercalaires et de montants. En parallèle, ça augmente nos précieux apports solaires (facteur solaire menuiserie sur-évalué) !

Puisqu’on parle de longueur, n’hésitons pas non plus à se louper sur les linéiques de ponts thermiques. Parallèlement, on peut sous-estimer un peu les ponts eux-mêmes mais c’est plus complexe et facile à vérifier par un contrôleur.

En oublié-je ? Sans doute, sans doute. Je ne suis qu’in pauvre white hat qui ne pratique pas lui-même 😦

Ah bien sûr, il y a aussi les histoires de certification. La France (le pays de la loi en chinois, cela ne s’invente pas) dispose d’une gradation des performances. Selon que vous avez investi (plusieurs dizaines de milliers d’euros) ou non dans une certification, les performances de vos produits sont handicapés ou non.

Tricher sur les certifications est risquée parce que le contrôleur voit très bien la ligne « certifié » dans votre rapport pour la plupart des systèmes. Mais cela reste envisageable, en toute discrétion, pour des isolants ou des ventilations.

Comme je vous le disais, je n’ai pas vocation à faire de vous des tricheurs mais des gens avertis alors je cesse là, je ne vais pas me creuser la tête au-delà.

Pourquoi vous informer de la sorte ?

Tout simplement parce que ces pratiques — que la quasi-absence de contrôle permet — portent tort aux professionnels comme moi. On nous considère dorénavant comme des inutiles administratifs de plus, des gribouilleurs de paperasse. Cela explique que l’on puisse vous vendre aujourd’hui des études au prix d’une nuit d’hôtel. Ceux-là passeront moins de temps sur votre projet que la durée d’une nuit.

S’il n’y a plus de contrôle de qualité nulle part, cessons donc d’exiger aux particuliers de faire appel à une bureau d’études. Qu’on leur donne accès à un site internet pour leur laisser faire, gratuitement, une déclaration sur l’honneur. De la même façon qu’ils déclarent leurs impôts ! On se retrouvera avec tout autant de tricheries mais on aura moins dépouillé ceux qui rêvent de faire construire. Faisons de même pour les maîtres d’ouvrage plus importants, cela évitera qu’ils disqualifient les bureaux d’études les plus probes pour des professionnels plus complaisants.

Publicités