RT2012 tricks : quand changer les hypothèses de calcul améliore la performance

voeux 2012 extrait

Je n’ai cessé et ne cesse de le dire à ceux qui m’interrogent : ce qui est RévoluTionnaire dans la RT2012 ce n’est pas tant les exigences affichées que le vœux pieux de généraliser la basse-consommation jusqu’alors seulement atteinte par les pionniers du BBC.

Les expériences BBC l’ont montré, on peut réaliser des bâtiments performants sur papier qui le reste à l’exploitation. Parfois, on rencontre des désordres, c’est vrai…

Jeter l’opprobre sur les concepteurs ou les entreprises à ce propos serait bien présomptueux. D’abord parce que le BBC était une voie pionnière courageuse dans un pays sans grande expérience. Ensuite, parce qu’il n’y a pas eu plus de désordre en BBC que dans la construction RT2005 traditionnelle ! Ce n’est pas moi qui le dit mais l’Agence Qualité Construction !

Rien d’anormal donc. En revanche, ce qui m’inquiète, c’est la divergence que je crains de voir se creuser entre la performance calculée et celle constatée.

Je vous signalais déjà en 2011 deux phénomènes marquants :

  • tout d’abord, il était plus difficile de faire du BBC que du RT2012. Grâce à des modulations à l’envi, la RT2012 a même inventé le bâtiment basse consommation à 600 kWh/m²/an (grâce à la climatisation) !
  • mais on constatait aussi la bienveillance et l’optimisme des calculs (RT2005) qui sous-évaluaient d’un facteur 2 les besoins de chauffage.

Comprenons-nous bien : la réglementation thermique évalue mal la consommation réelle d’une part et permet, d’autre part, de faire des bâtiments basse consommation qui consomment théoriquement bien plus que le téméraire BBC.

Pourtant, aujourd’hui, plus que la performance énergétique, c’est l’optimisation par les calculs réglementaires qui se démocratise. Mon article vieux de 3 ans a fait montre de capacités prédictives, à mon grand regret !

On ne cherche plus à bien faire, on cherche à répondre à un objectif réglementaire que l’on juge, au mieux, pertinent et efficace, ignorant les déconvenues auxquelles on s’expose. Imaginez donc, en BBC, un bâtiment sur cinq souffre (étude REX de l’AQC encore) de surchauffes, notamment à mi-saison. Que va-t-il en être en faisant confiance au seul indicateur de température maximale (Tic) de la RT2012 ?

Guère plus flatteur, la RT2012 a profité de son arrivée pour modifier les hypothèses de calcul et devenir encore plus optimiste que la RT2005. Il n’y a pas de raison de ne pas vous informer de ces modifications qui ne peuvent qu’amplifier la divergence crainte depuis 3 ans (au pire, cela me sert de mémo happy myopera smiley).

    • le climat s’est réchauffé en hiver, refroidit aux périodes les plus chaudes de l’été (au moins pour Agen, cf. ci-dessous),
      meteo RT2012 vs RT2005Dans le graphique ci-dessus, vous noterez que le climat s’est globalement réchauffé en été (+0,26 °C pour chaque heure) comme en hiver (+0,18 °C). Mais le réchauffement est surtout concentré en début et fin de saison de chauffe ainsi qu’en début d’été et fin août. La fin de l’été est elle bien plus fraîche. Le mois de décembre est aussi un petit peu plus froid mais c’est là que la méthode a supposé que le bâtiment n’était plus autant chauffé (cf. § suivant).
    • les Français partent plus en vacances (une semaine de ski pour tous hop !) et chauffent donc moins,

      Th-BCE (RT2012)
      « Cette méthode de calcul prévoit par exemple pour les maisons individuelles ou accolées et les logements collectifs une absence des occupants pendant deux semaines au mois d’août et une semaine au mois de décembre [consigne de chauffage = 7°C au lieu de 19 ou 16 °C]. »
      Th-CE (RT2005)
      « Les vacances sont prises en compte uniquement pour les zones d’enseignement ainsi que pour les zones d’hébergement et de restauration qui leur sont associées. »

    • les Français ont ralenti leur métabolisme (moins d’apports internes surtout en région chaude),
      puissance dissipée hebdomadaire RT2005 vs RT2012
      Le radar ci-présent (parcourez-le comme un cadran d’horloge pour connaitre les puissances dissipées en fonction de l’heure et du jour de la semaine) montre que si les apports internes minimaux de la RT2012 sont plus élevés que ceux de la RT2005, sur l’ensemble de la semaine, ils sont inférieurs de près d’un quart.
  • les bâtiments ont changé de surface de référence (SHO(N)RT plutôt que SHON, disparue au profit de la surface de plancher) et ont gagné 10% sur la consommation conventionnelle de facto.

Cette divergence que je soupçonne, certains l’ont déjà démontré dans d’autres pays. Ainsi, au Royaume-Uni, l’Université de Leeds a mis en évidence, sur une gamme de maisons basse-énergie, que les besoins de chauffage in situ étaient, en moyenne, supérieurs de 50% à ceux prévus en phase conception (correction climatique prise en compte) !

En France, on a eu vite fait d’annoncer que le chauffage n’était plus la priorité dans nos bâtiments BBC et RT2012. Pourtant, il suffit de consulter les données de l’Observatoire BBC pour se rendre compte que le confort thermique reste le problème no 1, et de loin :

633b6-observatoirebbc

Dans le graphique présentant les disparités de résultats entre prévisions et constatations, n’avez-vous rien remarqué ? Mais pourquoi donc les bâtiments passifs consomment-ils aussi peu que prévu, eux ?!

L’inventeur du concept, Wolfgang Feist, s’en explique :

«Je travaillais en tant que physicien. J’avais lu que le secteur de la construction expérimentait l’ajout d’isolant dans les bâtiments neufs sans parvenir à réduire la consommation d’énergie. Cela m’a choqué – c’était à l’encontre des lois fondamentales de la physique. Je savais qu’ils devaient faire quelque chose de travers. J’ai donc fait ma mission de découvrir ce que c’était et d’établir ce qui était nécessaire pour bien faire les choses « .

Aujourd’hui encore, le physicien refuse de voir dans son standard une quelconque méticulosité, mais juste des calculs corrects, de la concentration sur les points cruciaux et de l’honnêteté. Est-ce bien sur cette voie-là que nous nous sommes inscrits ?

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