Entropie ?! Toi-même !

Quelle est la différence entre une forêt naturelle et un champ cultivé ? L’ordre, mon lieutenant !

Il est indéniable que dans un champ, tous les plants sont bien ordonnés, ou presque, de façon à ce que les tracteurs et autres machines agricoles puissent travailler à l’aise. À l’inverse, dans une forêt primaire, on ne retrouve pas cette propension à l’alignement et au rangement, même si on peut deviner, avec beaucoup de connaissances du milieu, une certaine logique.

C’est donc maintenant clair, la Nature n’aime pas l’ordre ! Il faut dire que ce n’est pas par inclination poétique que Mère Nature laisse le souk dans sa chambre, c’est tout bêtement parce que c’est une loi physique et donc naturelle, celle de l’entropie.

L’en-trop-quoi ? L’entropie !

L’entropie est une grandeur fondamentale de la famille de l’énergie qui — alors que sa cousine qualifie une capacité à produire un travail ou son équivalent — caractérise le degré de désordre d’un système. Figurez-vous que, dans notre univers, l’entropie ne cesse d’augmenter, depuis la nuit des temps, du fait de la tendance de l’énergie à se dissiper, allant d’un état concentré à un état diffus.

Reprenons notre champ. Bien ordonné, peu désordonné, son entropie est faible. Mais si on le laisse évoluer selon sa propre volonté, il va bien vite être colonisé par des plantes adventices puis verra bientôt arriver des buissons, des arbres pionniers et finira peut-être même en forêt. Ma forêt toute désordonnée de tout à l’heure, avec une forte entropie donc.

Durant cette évolution, mon entropie n’a cessé d’augmenter, proportionnellement au désordre. Il en va de mon champ qui s’ensauvageonne comme la goutte de colorant se répand dans le verre d’eau, il y a diffusion et dilution du composant initial.

Mon système a, naturellement, évolué d’un état ordonné à un état désordonné, son entropie a augmenté.

Mais ne suffit-il pas que le paysan désherbe pour que l’entropie cesse son envol ? Oui et non.

Si quelqu’un extérieur au système intervient, bien sûr l’entropie du système stagne mais si on élargit le focus et qu’on y inclut le paysan, elle augmente d’autant plus rapidement que l’agriculteur intervient avec force et régularité.

Tout simplement parce que l’énergie qu’il va mettre dans son activité est issue elle-aussi d’une augmentation du désordre.

Imaginons par exemple que cet agriculteur moderne désherbe chimiquement. Pour appliquer son produit, il lui faudra surtout beaucoup de pétrole (pour le tracteur comme les composés pétro-chimiques sans parler de sa propre activité) et cette ressource-là aura été extraite d’un lieu où elle était concentrée pour être diffusée, entre autres, à tous les désherbeurs chimiques du monde.

Sans mouvement perpétuel donc, il n’existe nulle autre alternative que la création entropique perpétuelle.

En quoi est-ce un souci ?

Prenons une ressource non combustible comme le cuivre. Lorsque les gisements de cuivre connus seront presque tous épuisés, cela signifiera que le cuivre aura été réparti plus ou moins régulièrement sur la terre et que l’entropie aura de fait augmenté.

Pour revenir à un état de faible entropie, donc une ressource concentrée, il faudra encore de l’énergie. Donc à chaque fois qu’on augmente l’entropie, il faut prévoir encore plus d’énergie pour compenser ses effets, ce qui créera de toute façon encore de l’entropie à l’échelle planétaire. Quel cercle vicieux, n’est-ce pas ?

Si demain, tout mon cuivre est diffusé sur la planète et que j’ai besoin d’une grande quantité de cuivre, il me faudra dépenser beaucoup d’énergie pour le récupérer, bien plus que si la ressource était restée concentrée.

Dans un monde globalisé où l’énergie se fait rare, c’est donc un truisme que d’affirmer qu’il est raisonnable de ralentir la création entropique parce que nous ne pouvons ni la contenir totalement ni l’inverser.

Vous allez me dire : « oui, mais comment ? ».

Pour savoir comment faire, il faut bien avoir en tête que l’entropie est liée à sa cousine l’énergie…

Souvenez-vous de l’exercice de la luge, grand classique du baccalauréat en physique, l’énergie mécanique n’existe que sous deux formes : l’énergie cinétique, liée au mouvement (= flux), et l’énergie potentielle, liée à la masse (= matière).

Hé bien, pour limiter la création entropique, je vais considérer ces deux formes d’énergie, l’une liée au flux, l’autre à la matière.

Considérons, donc, tout d’abord les flux énergétiques et demandons-nous comment ralentir la création d’entropie. Prenons un exemple simple : celui de la production d’électricité par une centrale nucléaire.

Entre le contenu énergétique de la ressource primaire (fossile ou fissible) et ce qui arrive chez vous, il y a des pertes voire même beaucoup de pertes comme le montre le schéma ci-dessus.

Toute cette énergie qui réchauffe le ciel et les cours d’eau est inutile (ni les poissons ni les oiseaux ne la réclame explicitement 😆 ), elle ne sert qu’à remplir la poubelle entropique qui se réjouit d’accueillir un peu plus de désordre.

Il n’est guère besoin d’être visionnaire pour comprendre qu’il n’y a que deux moyens de réduire l’anergie et donc la création entropique qui lui est liée : il faut soit augmenter le rendement de production d’exergie, soit diminuer le besoin d’exergie. Ou encore mieux : faire les deux en même temps !

Voilà comment on en arrive aux deux piliers fondateurs de la démarche Négawatt : la sobriété et l’efficacité. Être sobre, ce n’est jamais que réduire la demande exergétique, être efficace, c’est diminuer le rapport anergie sur exergie. Il n’y a pas besoin d’être militant pour comprendre cette démarche, il suffit d’avoir quelques notions de physique.

Maintenant, l’entropie ne se cache pas que dans les flux énergétiques mais aussi dans la matière qui est, en quelque sorte, de l’énergie gelée, stockée. Comment fait-on avec la matière, les matériaux, nos ressources ?

Hé bien, comme pour les flux énergétique, il faut réduire les flux de matière mais aussi éviter de les mélanger, ce qui est essentiel ! Pourquoi ? Parce que le mélange de matière, c’est un accroissement du désordre problématique puisqu’il rend la séparation difficile voire impossible, c’est donc une voie de remplissage de la poubelle entropique. Une voie qu’on a tendance à oublier…

Il en va finalement de la matière comme des flux énergétiques, réduire la création entropique est une question de réponse appropriée et efficace aux besoins, qui passe donc dans le bâtiment par :
– la revalorisation des matériaux anciens ou déchets de fabrication,
– le séparation nette et la production de produits dérivés recyclables purs,
– les emballages minimisés,
– des distances de transports limités,
– de faibles énergies grises,
– le choix de matériau et de mode de construction facilitant la séparation et l’accès aux matériaux,
– le choix de matériaux durables.

Peut-être, comprenez-vous, mieux, dès lors mon penchant pour la paille, brute et pure, sans manufacture outrancière. spock

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Passionnés par notre métier, nous créons au sein d’une équipe dynamique le Centre National de la Construction Paille. Ce projet sur lequel nous travaillons depuis un an et demi est aujourd’hui soutenu par la Fondation de France, la Fondation du Patrimoine et même Mme la Ministre Cécile Duflot, ce qui est pour nous une véritable récompense de notre investissement.

Notre première mission urgente est d’acheter le symbole de la construction paille : la Maison Feuillette.

Construite en 1920, c’est la première construction du monde, isolée en bottes de paille avec une ossature bois. Cette maison est le témoin vivant de la durabilité du matériau paille, par la parfaite conservation de ses bottes de paille presque centenaires. C’est pour nous un encouragement fort.

Nous avons aussi eu la chance de tester son confort, et quand nous aurons acheté cette maison ensemble, tout le monde pourra y tester une nuit en paille.

Nous vous invitons à nous rejoindre dans cette aventure.
Découvrez le détail de notre action sur le site suivant : www.maisonfeuillette.fr

Nous avons une échéance jusqu’au 1er octobre prochain pour débloquer les fonds nécessaires à son achat.

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Ce don servira à acheter, réhabiliter, valoriser la Maison Feuillette, et participer au développement de cette filière d’avenir au sein du futur Centre National de la Construction Paille “Émile Feuillette”