Inertie, mon amour

Mardi 18 septembre, l’ADEME et la Région Aquitaine ont organisé le colloque « Bâtiments basse énergie en Aquitaine, 5 ans d’expérience« .

Il s’agissait de revenir sur les expériences lancées – avant même la naissance d’Effinergie et de BBC – de construire des bâtiments basse énergie, dans la lignée de ce qui se faisait ailleurs en Europe, dans notre climat de l’Arc Atlantique.

Le propos de ce colloque était de faire part de l’expérience des lauréats des appels à projet qui avait été lancés dans cette dynamique depuis 2007. Profiter de l’expérience des concepteurs, de celles des utilisateurs et de tous ceux qui ont analysé tout cela.

Il s’agissait bien de retours d’expérience, nullement de mettre en doute l’utilité de la basse-énergie. Oh évidemment, cela a échappé à au moins un des spectateurs qui n’a pu se passer d’interpeller l’assistance en disant « la performance énergétique, ce n’est plus une utopie, c’est une réalisation de tous les jours et ça marche en Rhône-Alpes ! ».

Tsss yuck myopera smiley, je ne crois pas que nous étions là pour dire que ça ne marchait pas, ni même que ça marchait, en rester à de tels truismes, c’est bon pour les sermonneurs, pas pour les « faiseurs ». À la limite, pour un militant politique un peu fruste, peut-être…

Ce qui compte dans tout ça, c’est l’expérience accumulée des difficultés rencontrées comme les leçons que les réalisateurs (pas les « causeux » qui étalent les clichés comme de la confiture) ont tirées, même si on ne conclut pas comme eux.

Toujours est-il que j’ai apprécié ce colloque et que j’ai d’autant plus été heureux d’en être partie prenante (table ronde n°2 sur le confort d’été) !

J’ai eu l’occasion de discuter ensuite avec quelques uns d’entre vous* qui avaient assisté au colloque et la plupart m’ont reparlé de mes « montgolfières » pour évoquer l’utilité ou non de l’inertie.

* un salut en particulier au réseau aquitain des EIE avec qui j’ai passé un après-midi sympathique entre passionnés, merci de votre accueil :spock:

Devant un tel succès, je m’incline et les offre à tous: 😮

Montgolfières
LIEN DIRECT POUR TÉLÉCHARGER LA PRÉSENTATION COMPLÈTE (30,2 Mo)

Faute de temps pour tout bien rédiger en une seule fois mais trop impatient pour vous laisser attendre, je reviendrai sans doute sur cet article, mais je vais déjà redire ici mon commentaire sur ces ballons dans le ciel qui représentent le confort d’été dans notre futur pôle scolaire et médical.

Tout d’abord, chacune des 5 colonnes de bulles représente l’évolution du confort (en période chaude) de 5 zones notables du projets. La hauteur de la bulle est représentative de la température moyenne de la plus forte surchauffe rencontrée dans l’année. La grosseur de la bulle est, elle, significative du nombre d’heures d’inconfort en période d’occupation.

La bulle à l’orange le plus intense représente le projet initial. Celle à l’orange plus pâle prend en compte la mise en place d’inerties localisées (pas un gros bloc n’importe où donc :sst:). La bulle jaune prend en compte ces inerties ainsi que l’usage des protections solaires et enfin la bulle verte – quand elle existe – cumule, à tout cela, une sur-ventilation nocturne.

On se rend compte, au premier coup d’œil, d’un phénomène récurrent : la « montgolfière » à l’orange le moins tenu est partout plus enflée que celle à la couleur la plus intense !

Cela signifie tout simplement que l’apport d’inertie augmente le nombre d’heures inconfortables (T>27°C ici). C’est ce que je voulais dire à ce colloque : l’inertie n’est pas une solution universelle, elle n’est pas la panacée du confort d’été dans nos régions. Placer de l’inertie sans plus de tactique en aval, c’est exposer les occupants à une sensation d’étouffement plus longue.

Si la montgolfière orange clair est plus gonflée que l’orange foncée, elle a généralement moins d’altitude, ce qui signifie que l’inertie a tout de même lissé le pic de surchauffe. Placer de l’inertie sans plus de tactique aval, c’est généralement écrêter le pic de température mais exposer les occupants plus longtemps à des températures inconfortables, donc…

Parfois, cependant, ce n’est pas vrai (comme ici, dans la salle d’ergothérapie), et en plus d’exposer plus longuement à des surchauffes, on intensifie le pic 😦

Il est entré dans la pensée commune BBC que régler le souci du confort d’été, c’est finalement juste ajouter un peu d’inertie à nos bâtiments qu’on a… juste un peu plus isolé.

Vous l’avez compris, c’est allé un peu vite en besogne.

On se rend tout de même compte que si l’on ajoute à cette inertie un usage intelligent des protections solaires, alors mes montgolfières perdent, et de l’altitude, et de la circonférence. Inertie(s) et protections solaires font bon ménage pour assurer le confort « estival ».

En fait, dans le résidentiel individuel, le confort est à portée de bras à la condition – nécessaire et parfois suffisante – des les agiter pour user des « occultants solaires », que l’inertie soit importante ou non. C’est d’ailleurs ce qu’a montré le retour d’expérience de Nobatek et ce, même avec des occupants peu impliqués à améliorer activement leur confort.


Merci à Marie Pauly de m’avoir communiqué ce diagramme de Brager où l’on s’aperçoit du bon confort d’été même chez les « mauvais élèves »… mais aussi de surchauffes en saison froide ou intermédiaire conséquentes 😮

Dans le tertiaire, c’est rarement suffisant, il faut ajouter une tactique aval supplémentaire, comme ici la sur-ventilation nocturne, pour que les montgolfières menacent enfin de s’écraser, youpi !:hat: ndlr : ceci n’est une bonne nouvelle que pour l’analyse ci-présente 🙂

Il y a-t-il une morale à tout cela ? On peut s’essayer à quelques conclusions, je pense, oui:

  • il ne faut pas faire confiance à la seule inertie, tout au moins dans le tertiaire, pour assurer un confort acceptable quand la température extérieure se maintient à des niveaux élevés,
  • l’inertie est un concept complexe… il faudrait plutôt parler d’inerties parce qu’il y a des notions de localisations et de nature qui peuvent être fortement influentes,
  • qu’il faille une tactique aval (comme dans le tertiaire) ou faire usage a minima des protections solaires, dans les deux cas, il y a une implication fatale des occupants. Un bâtiment n’est rien sans ceux qui l’occupent, et quelque soit la domotique du futur, leur implication est un paramètre incontournable parce que comme s’est plu à la dire M. Beslay, à ce même colloque évoqué depuis le début : « Ce ne sont pas les bâtiments ou les techniques qui consomment, ni même les humains », mais bien le ménage que constitue l’interaction de ces deux-là.


Mais par quelle magie, l’inertie augmente-t-elle l’inconfort ?

Imaginez que la chaleur soit de l’eau. Quand la chaleur entre dans un lieu « sans inertie », c’est comme si vous versiez de l’eau sur un plateau sans éponge : elle n’a pas de lieu où se stocker, alors même si le niveau monte vite, elle fuit rapidement quand la source se tarit à la façon de gouttes sur une vitre.

En rajoutant de l’inertie, vous ajoutez une éponge au plateau, si bien que quand la chaleur l’eau n’est plus fournie, l’éponge, elle, encore humide, est capable d’en restituer. Le niveau est monté moins vite dans mon plateau mais si je n’ai pas essoré l’éponge, il va rester humide comme le bâtiment « à inertie » va rester chaud sans tactique supplémentaire.

Publicités