50 quilles aux waters

Vous n’avez pas les moyens d’acheter une maison BBC ou passive, tout juste un pécule suffisant pour une rénovation d’une petite maison défraîchie ? Dès lors, vous vous dites que vous êtes un méchant pollueur ?!

Pas de panique et avant de nous faire une dépression, voyons ensemble si vous méritez d’être aussi mal jugé !

En 2011, la famille Dupont a acheté un pavillon de 150 m² en périphérie d’une grande ville. Ils ont fait appel à un architecte qui leur a livré une maison certifiée BBC.

La même année, la famille Durand a fait l’acquisition une bâtisse (100 m²) plus que centenaire, toute de moellons, situé en zone rurale, mais pour un coût inférieur à celle des Dupont de 25% tout de même. Bon, en revanche, l’étiquette DPE annonce une catégorie F.

Lorsque, l’hiver dernier, M. Dupont est venu raconter à Gaston, le papi des Durand, non sans une certaine fierté, qu’ils avaient fait l’achat d’une maison presque passive, le vieux monsieur n’y a pas compris grand chose :

« — Vous voyez, Gaston, dans notre maison, on a beau être peu nombreux, notre chaleur est suffisante pour chauffer toute la maison.
— …
— Du coup, on consomme moins de 50 kilowatts-heures chaque année !
— Bah… nous, quand j’étais jeune, on était nombreux dans la maison mais on chauffait pas alors… pis, on mettait pas les quilles aux waters, d’ailleurs on avait pas de vater. »

Veuillez m’excuser pour le jeu de mots laid… Remarquez en revanche, le bon sens de M. Gaston Durand : alors qu’aujourd’hui, chaque personne consomme peu par mètre carré mais jouit de beaucoup de surface, hier on consommait beaucoup pour moins de mètres carrés et … avant-hier on consommait peu pour encore moins de mètres carrés ! knockout myopera smiley

surface à vivre et efficacité énergétique

Revenons à nos 2 bâtiments, les foyers respectifs des Durand et Dupont.

La maison des Dupont est une maison parallélipipédique (j’ai bon ? confused myopera smiley) en brique, isolée avec 15 cm de polystyrène dans les murs et 40 cm de laine de verre dans les combles. L’ensemble des murs est doublé de placo-plâtres recouverts de toile de verre (miam ! chefb myopera smiley). Chaque façade est ouverte sur 25% de sa surface et équipée de menuiseries double-vitrage PVC, performantes bien sûr. Au final, la consommation de chauffage est de 25 kWh/m²/an.

La maison des Durand est de même forme mais plus petite et ne bénéficie d’aucun de ces matériaux si ce n’est quelque isolation en toiture. Elle est moins ouverte sur l’extérieur (20% des façades). Sa consommation de chauffage est de 200 kWh/m²/an, le DPE ayant surestimé la consommation réelle de ce bâti très ancien.

Cette dernière maison ne peut guère faire concurrence à la première et c’est évident quand on regarde les consommations cumulées de chauffage : ce que la maison des Durand aura consommé dans 40 ans est équivalent à ce que la maison des Dupont aura consommé… en 2 223 !

Mais les Durand ont l’espoir de faire quelques travaux conséquents, avant 2015, en isolant leur maison tout autant que celle des Dupont. Une telle intervention divisera par 4 leurs consommations de chauffage et infléchira la courbe précédente, réduisant à 30 ans l’écart de temps de consommation des deux maisons. Nul doute, rénover, ça marche !

Cependant, raisonner ainsi, c’est ignorer un paramètre essentiel : les Durand n’ont pas fait construire leur maison, elle existait avant eux, pas celle des Dupont.

Pour faire sortir de terre la maison des Dupont, il a fallu fabriquer et mettre en œuvre des matériaux, et cela a coûté de l’énergie, dite grise pour caractériser son aspect caché. Alors, oui, bien sûr, cette énergie-là ce n’est pas celui qui l’utilise qui la paye forcément mais, au final, son coût est à la charge de tous !

Les Durand n’ont eu à faire appel qu’aux matériaux de rénovation, qu’ils ont pris soin de choisir : laine de chanvre, ouate de cellulose, terre et bois. L’énergie grise qui a servi au gros œuvre de leur bâti n’est pas attribuable à leur seule personne, et, qui plus est, elle est très faible puisque la maison est faite des matériaux issus du terrain qui l’entoure (pierre et terre).

Ces énergies grises représentent tout de même l’équivalent de 17 années de consommation conventionnelle BBC (fixée à 50 kWh/m²/an) pour la maison Dupont, et seulement 8 années pour la maison Durand. Finalement, la maison des Dupont ne sera BBC que dans 17 ans, quand elle aura amortit sa construction cry myopera smiley

Et puis, figurez-vous que l’énergie économisée, entre les deux projets, pourraient nourrir les deux familles pendant 200 mois (soit 17 ans, encore) ! 363 114 pizzas margherita …

Maintenant que nous avons intégré cette externalité, regardons ce que deviennent les courbes comparatives précédentes :

Voilà qui change tout !

Le bâtiment des Dupont, alourdi de sa charge grise, ne commence plus la course en tête, il ne la reprend d’ailleurs qu’en 2035 soit dans plus d’une une vingtaine d’années ! Sans même rénover leur maison, le bâtiment des Durand restera moins impactant sur l’environnement jusqu’en 2018.

Nous pourrions ramener tout cela en kWh/m², mais ce serait évidemment handicaper la maison la plus petite et favoriser celle des occupants les plus aisés. Est-ce bien juste ?

Intéressons-nous, plutôt, à ramener ces dépenses énergétiques au nombre de personnes. Souvenez-vous, nous vous avions laissé imaginer un scénario catastrophe où la fiscalité se mêlerait de consommations énergétiques (mobilité, logement, alimentation), et dans lequel nous aurions un décompte si ce n’est des personnes, en tout cas des parts fiscales liées.

La famille Dupont est un couple avec un enfant unique, la famille Durand également, mais elle héberge aussi papi Gaston !

Le résultat est très intéressant. La famille Durand maintient une dépense énergétique par personne constamment plus faible que celle de la famille Dupont grâce à 3 facteurs-clefs que sont la taille plus réduite de leur maison, le plus fort taux d’occupation et la rénovation efficace basée sur des matériaux bio-sourcés.

Finalement, ce conte a une morale en 4 actes, une par comparaison temporelle happy myopera smiley :
– la construction basse ou très-basse-énergie fait montre d’une efficacité indubitable. Ne pas s’engager sur cette voie aujourd’hui serait idiot,
– les rénovations – du même type ! – sont indispensables pour éviter d’avoir un parc immobilier à deux vitesses,
– limiter les matériaux à forte énergie grise, privilégier les matériaux biosourcés, dans les bâtiments à rénover, permet de réduire l’écart avec le neuf, surtout si on n’a pas eu une telle démarche dans le neuf,
Quel que soit le projet, limiter l’énergie grise est avantageux, de toute façon, puisque c’est conserver du capital pour produire autre chose !
– les kWh/m²/an sont un indicateur comme les autres dont la vocation est d’amener les bâtiments vers la plus grande sobriété énergétique mais ils ne doivent amener aucune culpabilité, d’autant plus qu’il ne rendent pas compte de facteurs améliorant très notablement la performance absolue (« moins de m² » = limitation des surfaces artificialisées, « moins de m² superflus » = mutualisation des moyens, ce qui est l’inverse de ce qu’on constate [en]).

Voilà, j’espère que papi Gaston aura maintenant plus d’arguments à opposer à son voisin yes myopera smiley

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6 réflexions sur “50 quilles aux waters

  1. Merci d’avoir laissé un commentaire sur mon blog, en retour je me permets une remarque.

    Les consommations de chauffage dépendent bien sûr de l’isolation, mais aussi des répartitions spatiales et temporelles du chauffage. Ainsi, tous les espaces n’ont pas besoin d’être chauffés en même temps et à la même température. Une salle de bain est chauffée 2h par jour, une cuisine est chauffée par ses équipements, le salon, s’il existe, est une pièce de moins en moins utilisée. Les chambres ont besoin d’une chaleur modérée étant donné qu’une température élevée nuit au sommeil. En fin de compte seules les pièces où l’on séjourne sans faire d’effort physique (salon, bureau) ont vraiment besoin de chauffage. Pour le reste, quelques petites touches suffisent ici et là.

    La répartition « thermiquement correcte » d’une maison unifamiliale, sans tenir compte des autres paramètres (intimité, acoustique) pourrait être celle-là :

    Au rez-de-chaussée :
    – chambres à coucher réduites, pour servir uniquement au sommeil
    – cuisine-salle-à manger
    – salle de jeux/sport

    Au premier (la chaleur monte) :
    – un double bureau-salon pour toute la famille, permettant le travail en commun : ainsi au besoin, il est possible de séparer acoustiquement en deux la pièce, en fonction des besoins d’intimité ou de calme (télé).
    – une/des salles d’eau.

  2. Bonjour Martin et bienvenue sur mon blog 🙂

    Votre vision est intéressante cependant elle ne dépeint pas la réalité de l’usage actuel dans les bâtiments récents (plus souvent surchauffés que sous-chauffés) et elle peut nous laisser plonger dans un écueil que je décris ici. En effet, dans des bâtiments très bien isolés, il peut s’avérer contre-productif de couper le chauffage (sauf à accepter de l’inconfort) ou de segmenter dans le temps et l’espace comme vous le décrivez.

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