Je ne suis pas végétarien :(

On vit sans nul doute une révolution, peut-être même la 3ème révolution « industrielle » qu’ait connu l’humanité.

Mais chaque génération vit et crée sa révolution, de la libération sexuelle à la démocratisation des états, il ne se passe pas trente ans sans qu’on ne s’inquiète du monde qui se bouleverse. L’homme bouscule sa place dans sa société.

Celle d’aujourd’hui est annoncée comme terrible parce qu’elle doit changer nombre de paradigmes, le premier d’entre eux concernant notre alimentation énergétique.

Les faits sont là : le climat du monde se déstabilise et l’humanité va devoir se mettre au régime sans sel… sans énergie fossile plutôt. Comme un patient diabétique à qui on annonce la suppression des confiseries, l’humanité se défend d’être gourmande et passe (va passer ?) par les 5 phases du deuil : déni, colère, marchandage, dépression et espérons-le acceptation.

Je n’ai pas la compétence d’un psycho-thérapeute pour deviner où nous nous situons. En revanche, vous noterez comme il existe un lien ténu entre la nécessité que notre espèce se mette à la diète et notre relation à… la bouffe !

Alors qu’on hésite toujours à s’interroger sur notre boulimie énergétique, les faiseurs de régime s’enrichissent, les gros dépriment et on se demande s’il ne serait pas temps de donner un dernier coup de merlin à la malbouffe !

À force de s’interroger sur ce que l’on mange, on finit par s’interroger sur ceux qu’on mange :chef:

Il y a une effervescence actuellement et une lutte sournoise mais sauvage entre ceux qui refusent que l’on décapite l’homme de son caractère exceptionnel et ceux qui affirment que c’est un animal comme les autres.

Les temps sont durs pour l’humanité, notre dépendance à notre environnement se rappelle à nous après des siècles de « domination de la Nature » et voilà qu’on met en doute notre suprême exotisme sur terre : l’homme, être unique dans l’univers de par son intelligence. Cette dernière révolution ne bousculerait pas que notre vision de l’homme dans sa société mais s’ingérerait dans une problématique plus large : l’homme dans l’environnement qui l’entoure, l’homme en tant que membre de l’écosystème terrestre.

 

L’an dernier, TerraEco interrogeait Vinciane Despret, chercheuse en philosophie :

Si les veaux tissent entre eux des relations d’amitié dès le plus jeune âge et si les vaches pleurent, faut-il cesser de les manger ?

Personnellement, je mange de la viande. Je ne dis pas que cela ne me cause pas de souci. Mais Donna Haraway, philosophe et biologiste américaine, exprime quelque chose de très juste. Elle dit qu’imaginer une vie dans laquelle il n’y aurait aucune forme d’exploitation des êtres par les autres, ce n’est pas la vie. Seuls les cailloux n’exploitent personne. Au nom de quoi voudrions-nous être absolument innocents ?

J’ai le même sentiment que la philosophe : je mange de la viande (peu de ruminants) et si je ne m’en sens ni fier ni honteux, c’est parfois difficile à digérer. Il y a maintes raisons pour cela, du statut de l’animal d’élevage aux conséquences environnementales de la consommation d’aliments carnée. Selon un rapport publié par la FAO, le secteur de l’élevage émet des gaz à effet de serre qui, mesurés en équivalent CO2, sont plus élevés que ceux produits par les transports. Il est aussi une source principale de dégradation des terres et des eaux.


Quelques conseils qui vous permettront d’économiser de l’énergie en cuisine.

L’innocence absolue est également un état d’âme extrêmement actuel de nos sociétés. Nous ne voulons ni assumer ni accepter les erreurs passées (choix politiques, escalavage, pétro-dépendance, etc.) et parfois même refusons d’agir dans le temps présent, et renvoyons la faute sur le voisin, comme si la non-action allait nous permettre d’échapper à un quelconque jugement. Comme si ne rien faire assurait notre innoncence.

Mais comme le dit Haraway, il n’y a guère que les cailloux pour être innocents de tout.

La félonne publicité de VW l’affirme avec suffisance : « On ne peut pas vivre sans CO2 ». Si elle est d’ailleurs si peu appréciée de certains écologistes, ce n’est sans doute pas autant pour son pragmatisme cruel que la démolition d’une utopie d’innoncence. Vivre pollue, vivre génère une culpabilité.

Au diable les oracles de mauvaise augure, les prédicateurs et les jamais-content, l’écologie est une science pragmatique et coupable, pas une voie d’innoncence.

On peut s’extasier du vol du bourdon, pleurer sur les conditions d’élevage des porcs en étant écologiste, ou pas… Et si l’écologie nous invite à une sobriété quant à l’alimentation carnée (comme la médecine d’ailleurs), il n’y a pas de dogme végétarien.

Mais comment justifier que l’on mange de la viande ?

On ne peut pas le justifier, mais ce n’est pas une raison pour l’interdire. La première chose à faire, c’est de récuser l’idée que certains êtres sont tuables a priori. Le « tu ne tueras point » est en fait une injonction terrible parce qu’il sous-entend : « tu ne peux pas tuer un autre être humain, mais tu peux tuer tout le reste. » Autrement dit, c’est le droit de tuer tous les animaux de la terre. C’est une injonction d’une violence extrême. Manger ou non des animaux est une question qui doit se poser encore et encore. Car si nous mangions moins de viande ou si la viande devenait une denrée rare, nous referions attention au goût, nos élevages seraient de plus petite taille, les animaux y mèneraient une existence meilleure et la viande gagnerait en qualité.

Je ne rajouterai pas grand chose tant les propos de la philosophe me semblent clairs. La révolution éco-énergétique actuelle est en marche. La récession annoncée est le coup de clairon qui ouvre sa procession. Elle fait chavirer nos certitudes non seulement sur l’énergie et l’environnement mais également sur ce qui nous distancie des autres formes animales. Nous nous rendons compte à quel point le fossé est ridiculement peu large. Cela réveille de nouvelles culpabilités qui s’ajoutent aux autres. Si cela doit poser question, sans cesse, c’est une invitation à l’action pas à la dépression. On ne peut rester immobile de peur d’être coupable. On ne peut agir qu’en admettant que plus l’humanité vieillit plus elle ne sera sûre que de ses doutes.

Finalement, tout cela n’est qu’une invitation à une grande danse, une valse des certitudes infondées.

5 commentaires sur “Je ne suis pas végétarien :(

  1. Intéressant. Cousins d'éleveurs bovins (laitier), ou ovins, je m'interroge quand je vois ce graphique avec la production de CO2 pour l'élevage : qu'est-ce qui est mesuré ? où ? quand ?

  2. Bonjour Fabien,

    C'est un rapport de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), livestock's long shadow, qui a mis en avant ce fait surprenant : l’élevage de bovins produit davantage de gaz à effet de serre que les véhicules automobiles !

    Les auteurs de Livestock's long shadow ont additionné les émissions dans toute la filière mondiale de l'élevage , depuis la production fourragère (qui comprend la production d'engrais chimiques et la déforestation pour la conversion en pâturages et en cultures fourragères, et la dégradation des pâturages), la production animale (y compris la fermentation entérique et les émissions d'hémioxyde d'azote du fumier) jusqu'aux émissions de dioxyde de carbone durant la transformation et le transport de produits animaux.

    Les ruminants se distinguent parce qu'ils émettent des gaz ayant un potentiel de réchauffement de l'atmosphère très fort (resp. 23 à 296 fois plus fort que le Co2) : 37 pour cent de méthane anthropique, pour la plupart provenant de la fermentation entérique des ruminants, et 65 pour cent d'hémioxyde d'azote, découlant principalement du fumier.

    C'est ce qui explique les différences sur le graphique des émissions de CO2 (équivalents CO2 en réalité) liés à la production de viande.

    Attention, cependant, d'une part à ne pas faire d'amalgame, il s'agit d'une analyse à l'échelle mondiale (ces Salers-ci ne sont pas concernées :cow:), et à bien noter, d'autre part, que cette étude met en avant des solutions : séquestration du carbone dans le sol via les cultures de couverture, agroforesterie, restauration des pâturages désertifiés, etc. mais aussi une meilleure alimentation des animaux et une meilleure gestion des déchets carbonés et azotés.

    Quant aux animaux consommés jeunes comme le veau ou l'agneau, leur consommation de lait en font de plus gros pourvoyeurs de CO2 (on a besoin de mères pour faire du lait :cow:).

  3. C'est tout de même étonnant de voir à quel point le simple fait d'abandonner la viande peut sembler à certains un besoin de "perfection absolue", d'"innocence absolue".

    Alors que la question et est juste archi simple :Est-ce que je peux vivre longtemps, bien et heureux, sans tuer au cours de ma vie des centaines d'animaux qui aiment vivre, qui n'aime pas souffrir, et qui ne veulent tout simplement pas mourir, en faisant un choix de changement de vie ARCHI SIMPLE ? La réponse est tout aussi simple : Oui.

    Donc si j'ai un peu de morale, un peu de conscience de la réalité (parce que, par exemple, j'ai VRAIMENT pris conscience de la réalité, en me renseignant, en lisant diverses études scientifiques, diverses sources, en regardant des vidéos qui montrent clairement cette réalité), je fais.Ou sinon, on peut aussi se poser la question en voiture devant un passage piéton : "Est-ce que j'ai vraiment besoin de ralentir alors que cet enfant traverse et qu'il n'y a aucun témoin ? Est-ce que j'ai vraiment un impérieux besoin d'être dans l'absolue innocence en perdant de précieuses secondes ?" ou encore "Est-ce que j'ai vraiment besoin d'appeler les secours alors que cette personne est visiblement en train de mourir, et que ça va me faire perdre au moins une heure de ma journée ? Est-ce que j'ai vraiment besoin de cette innocence ?"C'est marrant comme on peut relativiser archi facilement sur le bien et le mal, quand on parle d'une totale abstraction parce qu'on ne l'a pas sous les yeux…

    Si on continue à manger de la viande, ça n'est pour aucune raison qui soit jamais donnée. C'est purement et simplement par peur du changement et de la remise en cause. Une peur viscérale et sociétale. Un changement manifestement bénéfique, mais que personne (ou presque) ne veut être le premier à essayer. C'est terriblement triste…Un végétarien/végétalien/végane n'est évidemment pas pur. Ils ne cherchent même pas être purs. Personne n'est absolument pur. On tue des fourmis en marchant. Un végétarien/végétalien/végane fait simplement ce qui doit être fait parce que c'est une évidence éthique.

    Enormément moins de souffrances et de morts en acceptant juste un changement ridicule. Une évidence. Et refuser ça, c'est tout simplement remettre en cause l'éthique dans sa totalité, et réduire la vie humaine comme toutes les autres vies, à juste rien. C'est défendre l'égoïsme absolu.http://lesquestionscomposent.fr/tag/mythe-de-la-purete/

  4. Bonjour l'Elfe,

    Je ne crois pas que votre commentaire appelle à une réponse de ma part mais je me permets tout de même quelques précisions :

    – Ce blog n'est pas un blog "intime" comme il en existe tant, je n'y présente pas d'opinion politique mais juste des éclaircissements, à la lumière de mon activité professionnelle, sur des problématiques mal connues. Comme vous le dîtes si bien, le véganisme est une attitude politique, ne voyez donc pas dans mon article une attaque sur vos valeurs politiques et militantes. D'ailleurs, il faut être végan pour voir dans cet article un prosélytisme pro-viandards ("omnis" vous dîtes dans votre communauté ?) ! Ces derniers pensent plutôt l'inverse, mais j'imagine que c'est votre ferveur qui vous emporte.

    – Ni moi ni Mme Despret, que je cite, n'évoquons une quelconque notion de pureté qui impliquerait une absence de corruption morale qui n'a rien à voir avec le pragmatisme, un peu froid j'avoue, que j'essaie d'insuffler dans mes articles. Nous parliions bien d'innocence, c'est à dire de l'"état de celui qui, par nature, ne fait pas de mal à autrui", et c'est bien ce à quoi vous appelez en prônant une attitude politique de non ingestion de produits animaliers pour diminuer la souffrance et le nombre de morts animales.

    – J'espère retrouver moins d'acrimonie dans vos prochains commentaires, c'est mauvais pour le foie 😉

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